Entre la scène et la vie, Denis Podalydès à fleur de rôles

0
32

La brume se lève doucement sur la lande. Est-ce une aurore ou un crépuscule ? Une silhouette marche péniblement, comme accablé par les ans, jusqu’à atteindre son trône et s’y laisser tomber. Ce roi des terres anglaises a probablement plus de 80 ans et ne sait pas encore qu’il avance vers la folie et la déchéance. Le moment est arrivé de se défaire de son pouvoir et de le remettre entre les mains de ses trois filles, pour « avancer plus léger vers la mort ». Denis Podalydès est le roi Lear.

Le “Roi Lear”, pour un acteur, c’est le Tourmalet d’un cycliste. Un passage obligé. Une consécration.

Ce samedi 10 septembre, à treize jours de la première, dans la salle Richelieu de la Comédie-Française, se déroule un premier filage de l’acte I de la pièce de William Shakespeare, dans un silence de cathédrale, seulement ponctué des rires tonitruants du metteur en scène allemand, Thomas Ostermeier, une des grandes références du théâtre public européen. Une pièce monstre, qui fera pour la première fois son entrée au répertoire de la maison de Molière.

Le Roi Lear, pour un acteur, c’est le Tourmalet d’un cycliste. Un passage obligé. Une consécration. Un sommet en haut duquel on peut se retourner pour se dire que, ma foi, c’est une carrière bien remplie que l’on laisse derrière soi. Mais, pour Denis Podalydès, 59 ans, c’est encore plus que ça…

Partout, tout le temps

Le grand public l’a découvert au milieu des années 1990, dans les films de son frère aîné Bruno, comme le cousin dégarni de Pierre Richard. Moins gaffeur, plus intello, mais tout aussi lunaire, ne sachant quoi faire de son corps sans âge. Un faux calme, terriblement angoissé et étourdi. Il entre dans notre imaginaire comme un monsieur Tout-le-Monde inadapté à cette époque de la performance qu’un Sempé aurait adoré dessiner.

Aujourd’hui, il est devenu une référence. L’acteur français, dans toute sa splendeur. Dans la droite lignée des Michel Bouquet, Louis Jouvet ou Jean Vilar. Une marque déposée de l’excellence. Comme on parle de la porcelaine de Limoges ou de la saucisse de Morteau. « L’acteur est devenu un grand acteur », résume simplement son copain du Conservatoire Eric Elmosnino. « Un immense acteur, renchérit Marcel Bozonnet, l’ancien administrateur de la Comédie-Française. C’est tout sauf un cabot génial. Denis, c’est une ascèse, un grand métaphysicien de la langue. »

Denis Podalydès, dans le foyer des comédiens de la Comédie-Française, à Paris, le 6 septembre 2022.

L’acteur est partout, tout le temps. Une moyenne de trois à quatre films par an depuis presque vingt ans. Au moins deux pièces par saison. Souvent une mise en scène. Il a écrit six livres (dont le dernier, Célidan disparu, sort le 6 octobre aux éditions Mercure de France), enregistré de nombreux livres audio. Il est sans exclusive. Le 18 septembre, il était au parc de Sceaux, près de Paris, pour une lecture pour enfants des aventures de Babar, accompagné d’un pianiste. « J’adore ça », jubile-t-il. On pourrait prendre cet enthousiasme pour de la coquetterie. Il semblerait que non. « Il met tout au même niveau, tout l’intéresse : jouer dans la Cour d’honneur ou faire une lecture dans un petit festival », assure Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française.

Il vous reste 88.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici