En Belgique, la rediffusion au cinéma de « Gorge profonde » divise la Flandre

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Quelques semaines après avoir célébré son cinquantième anniversaire, Deep Throat (« gorge profonde »), le film porno mythique et foutraque de l’ancien coiffeur pour dames Gerard Damiano, connaît une nouvelle vie. Plus discrète, mais qui suscite de nouveaux débats. Montrée d’abord à Bologne cet été, une version restaurée de cet opus a créé la polémique en Belgique, où les spectateurs ont pu la découvrir successivement à Bruxelles, Gand et Anvers.

Plus question, toutefois, de manifestations de pudibonderie à l’égard du scénario imaginé par Damiano sur la base, disait-il, d’expériences vécues au Japon. Ce sont d’autres thèmes qui mobilisent désormais, car l’histoire d’une héroïne découvrant que son clitoris réside au fond de sa gorge et qu’elle ne peut, dès lors, parvenir à l’orgasme que par une pratique bien précise ne choque plus vraiment au bout de cinq décennies de porno, qu’il soit chic ou choc.

Importance historique

Si elle a apparemment laissé de marbre la Belgique francophone, la diffusion de cette Gorge profonde désormais en haute résolution, portée par le fils et la fille de Gerard Damiano (décédé en 2008), a divisé la Flandre. Alors que des exploitants l’ont accueillie sur leurs écrans, invoquant l’importance historique d’un film qui symbolise la libération des mœurs et met en avant la question du plaisir féminin, des historiens, des philosophes et des militantes féministes ont carrément dit non. Parce que Deep Throat, à leurs yeux, est surtout un film marqué par la violence, voire une culture du viol. En fait, partisans et opposants de la ressortie s’appuient tous sur des propos tenus par l’actrice principale, Linda Lovelace, née Linda Susan Boreman.

« Il y a beaucoup de raisons d’apprécier le porno, ou de l’aimer, et je reconnais l’impressionnante histoire du film, mais il y a une limite : la violence. » Petra Van Brabandt, philosophe spécialiste de l’art

Les premiers retiennent que, dans deux livres parus dans les années 1970, l’actrice exprimait sa vision positive d’un « porn art », vu comme le fruit d’une pop culture libératrice, voire d’un combat féministe naissant. Les seconds soulignent à l’inverse que dans Ordeal  supplice », non traduit), son autobiographie parue en 1980, la première star porno affirmait qu’elle avait agi sous la contrainte, voire la menace du revolver de son compagnon, Chuck Traynor. Un homme qui l’aurait poussée vers la prostitution.

« Si vous voyez ce film, vous me voyez en train d’être violée », déclarait Linda Lovelace en 1986 devant une commission d’enquête sollicitée par Ronald Reagan, qui entendait démontrer les effets néfastes d’une industrie pornographique alors en pleine expansion. Les enfants de Gerard Damiano, l’homme dont l’espoir un peu vain était de faire du porno un cinéma de genre à l’égal des autres, admettent que Chuck Traynor usait de violence à l’égard de sa compagne, mais expriment des doutes quant à la présence forcée de celle-ci sur les plateaux de tournage.

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