« Echo 3 », sur Apple TV+ : l’empire étrenne ses habits neufs dans la jungle colombienne

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APPLE TV+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

Journaliste en Irak pendant l’invasion de 2003, Mark Boal a tiré de son expérience le scénario de Démineurs, de Kathryn Bigelow, pour qui il a ensuite écrit Zero Dark Thirty, qui mettait en scène les efforts américains pour éliminer Oussama Ben Laden. Avec Echo 3, le scénariste se fait créateur de série et quitte le Moyen-Orient pour l’Amérique latine.

On s’attend, non seulement de la part de Boal, mais aussi d’Apple TV+, qui semble se faire une spécialité de l’espionnage et des forces spéciales (Slow Horses, Téhéran), à ce que l’entreprise soit empreinte du même souci de vraisemblance, qu’elle témoigne du même art de la fiction. En apparence, le contrat est respecté : l’enlèvement d’une scientifique américaine par un groupe armé colombien met en mouvement la vieille opposition entre l’empire du Nord et les mouvements armés descendant en plus ou moins droite ligne du guévarisme.

Signe de modernité, le Venezuela a pris la place de Cuba dans le rôle du parrain de la guérilla. Mais au fil des cinq premiers épisodes (pour l’instant, seule la première moitié de la série a été dévoilée), ce souci de coller au monde de demain se révèle n’être qu’un simple habillage qui dissimule mal le recours à des clichés aussi vétustes qu’un épisode de Mission impossible, la série.

Conflit contemporain

Universitaire spécialiste des addictions, Amber Chesborough (Jessica Ann Collins) s’est enfoncée dans la jungle colombienne pour y étudier les effets thérapeutiques des plantes hallucinogènes utilisées par les shamans de la région. La jeune femme est l’épouse et la sœur de combattants des forces spéciales des Etats-Unis (Michiel Huisman et Luke Evans), et les hommes de la famille prennent rapidement la direction du théâtre des opérations. Celui-ci se révèle mouvant, l’otage étant trimballée entre Bogota et la jungle, d’un groupe armé à l’autre.

La réalisation de ces premiers épisodes est l’œuvre de cinéastes latino-américains, l’Argentin Pablo Trapero et la Péruvienne Claudia Llosa. Ils apportent leur manière, une attention aux visages, un rythme qui n’hésite pas à se ralentir presque jusqu’à la pause entre les inévitables séquences d’affrontement armé. Les personnages colombiens (ou argentins, comme la journaliste exilée que joue Martina Gusman) s’expriment en castillan, et l’apparition d’un couple de jeunes guérilleros qui sublime son amour les armes à la main semble vouloir prendre à rebours les clichés sur les barbudos.

On voudrait croire qu’Echo 3 cherche à mettre en scène l’essence d’un conflit contemporain, à la manière du ZeroZeroZero inspiré par Roberto Saviano, qui tentait une géographie mondiale du commerce de la cocaïne. Il n’en est rien. Les deux gringos qu’incarnent Luke Evans et Michiel Huisman sont là pour exécuter la plus vieille des missions qu’ait imaginée Hollywood : secourir une damoiselle en détresse, et le public est invité à les encourager.

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