Christian Bobin : « C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal »

0
6

L’écrivain Christian Bobin est mort ce vendredi 25 novembre, à l’âge de 71 ans. Dans ses textes qui sont aussi bien roman, journal ou poésie en prose, il savait extirper le merveilleux des petites choses, avec des mots simples, des phrases musicales, des formules délicatement lumineuses. Une petite robe de fête est son premier grand succès, en 1991. Il sera suivi d’un chef-d’œuvre, Le Très-Bas, consacré à François d’Assise, qui reçoit le prix des Deux Magots et le grand prix catholique de littérature en 1993. Suivra également, en 2016, le prix de l’Académie française, pour l’ensemble de son œuvre.

Mais la notoriété et la vie parisienne ont toujours laissé Christian Bobin de marbre. L’homme a longtemps continué d’écrire et de vivre à sa façon, sans Internet mais dans l’amour du silence et des jardins fleuris. Et s’il avait accepté une interview pour Le Monde des religions, en 2007, ce fut moins, disait-il, pour se montrer que pour s’octroyer le plaisir d’une rencontre humaine et la joie d’un partage librement consentis.

Vous êtes un écrivain célèbre mais rare, volontairement très discret dans les médias. D’où vient votre désir de retrait ?

Comme souvent dans cette vie, les choses sont mélangées : il y a, dans ce que vous appelez joliment mon retrait, une part de caractère, une sorte de pudeur, et la crainte que la parole, en s’exposant trop souvent en plein jour, perde de sa vitalité. Rien n’est plus éblouissant que des traces de pattes de moineau dans la neige : elles permettent de voir l’oiseau tout entier. Mais pour ça, il faut la neige. L’équivalent de la neige dans une vie humaine, c’est un silence, une discrétion, cette distance qui permet le vrai lien.

Lire le portrait : Article réservé à nos abonnés Christian Bobin : le voyageur immobile

Mon retrait n’est pas une misanthropie, c’est ce qui me donne un lien plus sûr au monde. En écrivant, je me sens comme un enfant qui, laissé dans sa chambre, se met à parler seul, un peu plus fort qu’il n’est raisonnable, pour être entendu de la salle à côté où se trouvent peut-être les parents ou les gens.

Cette image vous ramène à votre propre enfance. La solitude du petit garçon que vous étiez vous a-t-elle jamais quitté ?

J’ai une sensation enfantine de la vie qui perdure : je suis attiré depuis toujours par ce qui est apparemment inutile, faible, laissé dans les ornières pendant que passe le grand carrosse du monde. Un enfant est rarement curieux de ce qui préoccupe les adultes. Il va exercer son attention sur ce qui leur échappe ou ce qui, de peu de poids, lui ressemble.

Par exemple, je peux faire une danse de derviche tourneur autour d’un pissenlit toute une après-midi pour arriver au texte qui me convient, qui exaucera ce pissenlit et en fera ce que je l’ai vu être, c’est-à-dire un soleil descendu près de nous.

Il vous reste 74.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici