Christian Bale, éternel enfant-acteur

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A ceux qui trépignent d’impatience entre chaque film de Christian Bale, un conseil : visez ses poils. « Pour savoir depuis combien temps j’ai arrêté de travailler, il suffit de contrôler la longueur de mes cheveux et de ma barbe, glisse l’acteur de 48 ans, mèches hirsutes, touffes en bataille. Dès que je ne tourne pas, je me laisse aller. Au boulot, mon apparence est contrôlée chaque matin, alors je savoure chaque plage de liberté… »

Sa toison prolifère d’autant plus nonchalamment que, en 2021, Bale a enchaîné trois tournages coup sur coup. Thor. Love and Thunder, une super-saga lambda, avec super-héros, super-marteaux et tout le toutim, sortie le 13 juillet ; The Pale Blue Eye, un thriller sur l’éphémère carrière militaire d’Edgar Allan Poe, annoncé « prochainement » sur Netflix ; et Amsterdam, qui a rejoint les salles françaises à la Toussaint, après un accueil funeste de la critique et du public aux Etats-Unis.

C’est pour cet objet filmique mal identifié qu’il est venu parler à la presse, fin septembre, dans un palace de la place Vendôme, à Paris. Il en est l’un des principaux coproducteurs, au côté du réalisateur David O. Russell, qui le dirige pour la troisième fois après Fighter (2010) et American Bluff (2013). « J’ai accompagné David dès les premières notes gribouillées sur une nappe de resto, il y a six ans, jusqu’à la salle de montage, souligne le comédien. On s’est échangé un tas de disques et de documentaires, pour bien appréhender un épisode méconnu mais essentiel de l’histoire américaine. » Soit la tentative de coup d’Etat ourdie par un groupe de politiciens et d’industriels réactionnaires, l’American Liberty League, au milieu des années 1930.

Méconnaissable de film en film

Dans la version très romancée qu’en donne Amsterdam, ce complot est déjoué par une escouade extravagante menée par le personnage que campe Christian Bale, un médecin qui retape les vétérans de la première guerre mondiale avec des méthodes peu orthodoxes. Il offre à leur visage ce que l’acteur inflige au sien, méconnaissable de film en film : de nouveaux traits, une nouvelle identité. Faut-il voir, dans ce drôle de rôle, un miroir de ce qui meut Bale depuis ses débuts, il y a plus de trois décennies ? « C’est vrai, je n’aime guère me reconnaître à l’écran », confesse, en faisant vibrer son accent british, celui qui zigzague de blockbusters en films d’auteur, gonflant le torse dans Batman ou Terminator, affinant sa sensibilité chez Werner Herzog, Todd Haynes ou Terrence Malick.

Parmi les questionnements qui scandent Amsterdam, il en est un autre qui résonne avec sa filmographie : agit-on prioritairement par choix ou par besoin ? « Ma carrière est une combinaison des deux, module le comédien, qui fut révélé, à 13 ans, dans Empire du soleil (1987), de Steven Spielberg. Les enfants jouent à se déguiser naturellement. Ils veulent faire l’expérience d’être quelqu’un d’autre. C’est un choix. Quand mon père est tombé malade [militant écologiste, David Bale est mort d’une tumeur au cerveau, en 2003, à 62 ans], mon métier est devenu un besoin. J’ai eu l’occasion de gagner de l’argent, j’ai pu aider ma famille. J’ai tourné dans des films, sans en avoir envie. Aujourd’hui, je me trouve dans une situation privilégiée, jouer est redevenu un choix. La pandémie [de Covid-19] a renforcé ce sentiment : “Si je prends du temps pour tel film, autant que ça ait du sens.” Du fait de la mort qui rôdait autour de nous, le tournage d’Amsterdam était particulièrement vivant. »

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