Cédric Jimenez, le cinéma dans le feu de l’action

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Quand Cédric Jimenez prend une cigarette, il l’approche délicatement à sa bouche, puis la grille à toute allure. C’est un signe parmi tant d’autres d’une personnalité qui n’aime pas traîner et court contre la montre. Il fume, et cela ne l’apaise pas, ni lui, ni ses gestes, ni le débit de ses paroles. Les mots résonnent avec clarté et son visage disparaît dans une brume tabagique. « Dans mes films, je privilégie un montage nerveux. Cela correspond à mon tempérament », confirme le réalisateur, assis dans un des bureaux de Chi-Fou-Mi Productions, la société située à Paris, près de la place de la Concorde, qui a présidé aux destinées de son précédent film, Bac Nord, et de Novembre, en salle le 5 octobre.

« Il y a quelque chose de très excité chez lui, un désir qu’il parvient à partager et à propager », estime la comédienne Anaïs Demoustier, l’une des têtes d’affiche de ce nouveau long-métrage. A 46 ans, Cédric Jimenez sait que, au moins, il n’a pas traîné, qu’il ne s’est pas perdu en chemin. Il a réalisé cinq films et touché le grand public avec Bac Nord, qui a attiré plus de 2,2 millions de spectateurs en salle. Et le nouveau, sur les attentats de l’automne 2015, est l’un des plus attendus de cette rentrée.

Le réalisateur Cédric Jimenez, à Paris, le 6 septembre.

C’est un fait acquis : Cédric Jimenez filme des hommes pressés. Et même plutôt bien. S’il y parvient, c’est parce qu’ils lui ressemblent et qu’il admire ceux qui sont confrontés à des moments de leur existence où il est impossible de rester serein. Librement inspiré du scandale de la brigade anticriminalité (BAC) de Marseille de 2012, dont douze membres ont été poursuivis pour trafic de stupéfiants et racket, Bac Nord suivait trois policiers qui tentent de démanteler à leur façon un réseau de trafic de drogue dans une cité.

La prime à la fonction

Novembre met moins en scène le drame des attentats terroristes – les plus meurtriers que la France ait connus – qu’une autre course contre la montre : celle des hommes et des femmes de la sous-direction antiterroriste (SDAT) pendant les cinq jours d’enquête qui ont suivi les tueries. Une traque qui leur a permis de retrouver la trace d’un des cerveaux du commando terroriste, Abdelhamid Abaaoud, de sa cousine Hasna Aït Boulahcen et d’un complice, Chakib Akrouh, qui préparait possiblement un attentat contre une crèche ou un commissariat à la Défense. Un pistage que nous connaissons essentiellement par les images de l’assaut lancé le 18 novembre par le RAID contre l’appartement à Saint-Denis où ils étaient cachés.

C’est cette vitesse, ce rapport effréné au temps, qui a plu à Cédric Jimenez dans le scénario de Novembre, signé Olivier Demangel. Le scénariste avait travaillé sur plusieurs saisons de la série Baron noir (2018-2019) et signé l’histoire d’Atlantique (2019), de Mati Diop. Il n’y était pas question de psychologie, il ne s’encombrait pas de détails superflus. « Il fallait pour Cédric que les personnages soient pris dans leur fonction, explique Olivier Demangel, et que leur état d’âme découle de leur fonction. » Le scénariste avait appris qu’une policière de la SDAT était enceinte et avait inclus ce fait dans son histoire, pensant qu’il enrichirait le scénario. Mais Cédric Jimenez a trouvé l’idée malvenue. Le temps lui paraissait trop précieux pour laisser place à ce genre de considération.

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