Broken Bells, un duo d’orfèvres pour faire tinter l’art de la pop

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« J’excelle dans les collaborations, parce que je manque de compétences pour produire seul la musique que j’aime. » Dès ses débuts sous le nom de Danger Mouse, lorsqu’il a sorti l’album Ghetto Pop Life (2003) en duo avec le rappeur Jemini (The Gifted One), Brian Burton a fait de l’association de talents la clé d’une créativité lui profitant autant qu’à ses multiples partenaires.

Que ce soit sur le mode de cocktails excentriques (avec Damon Albarn au sein de Gorillaz ou avec Beck), du hip-hop cartoonesque (DangerDoom avec MF Doom), du rock pétaradant (The Black Keys), de la soul sensuelle (l’entité Gnarls Barkley avec Cee Lo Green), du romantisme morriconien (l’album Rome avec Daniele Luppi) ou du groove rap-R’n’B (le tout récent Cheat Codes avec Black Thought des Roots), la boîte à idées de ce producteur-compositeur new-yorkais de 45 ans turbine en se confrontant à d’autres. Un fonctionnement qui atteint sa plénitude avec James Mercer au sein de Broken Bells, duo d’orfèvres pop, formé en 2009, dont le délicieux troisième album, Into the Blue, est sorti le 7 octobre.

« Brian fourmille de trouvailles musicales, il suffit d’écouter ce qu’il décrit ou propose, puis d’essayer de le concrétiser avec ta voix ou ton instrument », explique James Mercer, qui, depuis le début des années 2000, a tracé sa route en leader de The Shins, l’un des groupes les plus délicats de la scène indie rock américaine. Joint par visioconférence dans sa maison de Portland (Oregon), dans le nord-ouest des Etats-Unis, il dialogue à distance avec Brian Burton, qui nous parle depuis sa résidence new-yorkaise. « Certains passent leur jeunesse à pratiquer la guitare ou des claviers, moi j’ai passé la mienne à écouter des tonnes de musiques, explique Danger Mouse. Je puise inconsciemment dans cet immense réservoir les idées et motifs qui me viennent en tête à l’écoute de mes complices. »

Passions communes

C’est au Danemark, un jour d’été 2004, que les deux Américains se croisent pour la première fois. « Dans une tente backstage au festival de Roskilde. Je jouais avec les Shins, et lui était programmé comme DJ », se souvient James Mercer, le chanteur-guitariste né à Hawaï en 1970, puis élevé dans différents endroits au rythme des affectations de son père, officier de l’US Air Force.

« J’avais découvert les Shins un an avant en écoutant leur deuxième album, Chutes Too Narrow, dans les bureaux de Warp Records, à Londres, précise Brian Burton. J’avais eu le sentiment de tomber sur quelque chose de spécial. La voix, les mélodies étaient vraiment uniques. » Méconnu en France, ce petit chef-d’œuvre (précédé par le succès du single New Slang) imposait alors la fragilité électrisée d’un groupe marqué par les émotions à vif d’un certain rock anglais (The Smiths, The Cure, Echo and the Bunnymen) et la simplicité terrienne du folk américain.

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