Avec Walter Van Beirendonck, rendez-vous en… 3023

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La mode a pour habitude de dévoiler ses collections avec six mois d’avance ? L’esprit facétieux de Walter Van Beirendonck, lui, a déjà anticipé le millénaire suivant. Ainsi, le créateur le plus singulier de la mode masculine mondiale propose-t-il de vivre 2023 à son rythme futuriste, au travers d’un grand agenda vitaminé (au format et au prix d’un beau livre) qui affiche « 3023 » sur la couverture. Déconcertant, certes, mais cohérent pour le Flamand qui imagine, depuis quarante ans, un vestiaire coloré, badin et politique qui semble toujours dire à ceux qui le regardent : « Rêvez grand et voyez plus loin que la saison suivante ! »

Imaginé en tandem avec Paul Boudens, graphiste qui a travaillé pour toute l’élite de la création belge (Dries Van Noten, Olivier Theyskens, mais aussi Rosas, la compagnie de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker) et avec lequel Van Beirendonck a pour la première fois collaboré en 1989, cet agenda est une première expérimentation dans un projet de longue haleine. D’autres designers d’outre-Quiévrain devraient se prêter au jeu à leur tour dans les années à venir, sous la houlette de l’éditeur Borgerhoff & Lamberigts.

Lire notre portrait : Article réservé à nos abonnés L’éternelle jeunesse du créateur Walter Van Beirendonck

Pour sa version, Walter Van Beirendonck, 65 ans, a évité, cela va de soi, l’agenda façon maison de luxe avec pages épurées et couverture en cuir grainé, autant que le cahier de textes d’écolier bien peigné. Une fois passée une introduction qui raconte son parcours à la façon d’un conte de fées, il a sélectionné, pour les douze mois de l’année, douze de ses collections issues de la dernière décennie et a confié au photographe Ronald Stoops – dont la carrière s’est aussi construite à partir de la ville d’Anvers – le soin de les shooter. Sur les pages dévolues au mois de janvier, les familiers reconnaîtront donc les silhouettes de l’automne-hiver 2013, avec pantalons matelassés et vestes pailletées à la David Bowie, la grande idole de WVB depuis l’adolescence, qu’il regardait dans l’émission « Top of the Pops » et qui fut l’une de ses boussoles pour ne pas sombrer durant ses années d’internat. En avril, c’est l’automne-hiver 2018 qui accroche le regard, avec ses imprimés d’inspiration pornographique et parkas couvrantes avec pour seule ouverture un trou au niveau de la bouche. En août, apparaissent les combinaisons stretch fluorescentes du printemps-été 2022, et ainsi de suite…

Slogans bien troussés

Entre les images, Van Beirendonck a fait ajouter quelques-uns des slogans bien troussés qu’il aime inscrire sur ses vêtements : « Cherish creativity » (« chérissez la créativité »), « Accept no limitations » (« n’acceptez aucune limite »), « I hate fashion copycats », (« je déteste les copieurs de mode »)… « Je pense librement, sans chercher à tout prix à retenir l’attention, nous expliquait le designer l’an passé, en évoquant sa méthode créative. Si mon travail donne de l’espoir, c’est l’essentiel, et s’il semble provocant pour certains, je crois que cela raconte davantage de choses sur eux que sur moi… La mode est une affaire sérieuse, mon outil pour communiquer avec les autres, et c’est pour cela que j’affectionne autant les histoires, les phrases-clés, les slogans. Pour qu’on regarde, bien sûr, mais aussi pour qu’on réfléchisse. »

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