Avec le groupe Okean Elzy, la guerre en Ukraine sur la scène du Zénith à Paris

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« Quand j’avais 20 ans, jamais je n’aurais pensé que je serai un jour soldat », confie Sviatoslav Vakartchouk de la même voix de gorge chaude et éraillée avec laquelle il chante sur scène : « Un jour, la guerre prendra fin. Je m’y suis perdu, J’en ai vu les abysses. Serre-moi dans tes bras, serre-moi, serre-moi. Si doucement, et ne me laisse pas partir. Serre-moi. Que ton printemps revienne. »

Le leader d’Okean Elzy, le groupe qui depuis un quart de siècle bat en Ukraine des records de popularité, avait, lorsqu’il était encore un brillant étudiant en physique théorique, fait sa formation militaire dans la branche « combat psychologique ». Depuis le début de la guerre c’est ce qu’il fait : à 47 ans, il parcourt la ligne de front pour remonter le moral des troupes. Plus de 150 concerts seul, chantant dans les tranchées, dans des forêts, face à de petits groupes de soldats…

Et puis aussi, comme aujourd’hui, il parcourt le monde avec son groupe pour une tournée dont les fonds doivent servir à aider son pays plongé dans la guerre. Samedi 12 novembre, Okean Elzy jouait donc, au Zénith de Paris, devant 4 000 personnes. Vestales drapées du drapeau bleu et jaune, diaspora chauffée à blanc. Quelque part entre le concert de pop rock et le meeting politique. « Slava Ukreinye ! » , crie un homme. « Heróyam sláva ! », répond la foule selon un gimmick bien connu : Gloire à l’Ukraine, gloire aux héros.

Logique, tant le chanteur est prophète en son pays. Non seulement ses chansons ont été la bande-son de la révolution orange et de Maïdan, mais Sviatoslav Vakartchouk lui-même a été élu député à deux reprises. La première fois, en 2007, avant de renoncer par impuissance : « C’était tous contre tous… ». La deuxième fois en 2019. Après un cycle d’études en sciences politiques à Stanford aux Etats-Unis, il avait créé à Kiev un parti, Holos (la voix), et on le disait dans les starting-blocks pour la présidentielle. Certains sondages le voyaient même vainqueur mais il avait finalement renoncé. Alors que Volodymyr Zelinsky était élu, lui et son parti avaient tout de même raflé une vingtaine de sièges.

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« Réunir les gens et les inspirer »

Trente ans plus tôt, raconte-t-il fièrement, son père, Ivan Vakartchouk, physicien de premier plan, élu député en 1989 alors que l’Ukraine était encore soviétique avait « fait partie du Parlement qui a dissous l’Union soviétique ». Le père sera même, de 2007 à 2010, ministre de l’éducation de l’Ukraine indépendante. « Il m’a montré qu’on pouvait faire changer les choses », soupire celui qui a finalement de nouveau cédé sa place sur la scène politique pour la scène tout court : « Nous avons tous besoin d’une audience, d’un public. Mais moi, ma plus grande qualité politique, c’est de réunir les gens et de les inspirer. Après, je ne sais pas rester sur ma réserve, jouer à ce jeu politique… »

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