« Aucun ours », « Saint Omer », « Rimini », « Inu-Oh »… Les sorties cinéma de la semaine

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LA LISTE DE LA MATINALE

Une semaine riche et un tour du monde en cinq films à ne pas manquer : Aucun ours, du cinéaste iranien Jafar Panahi ; Saint Omer, film français d’Alice Diop, qui représentera la France aux Oscars ; Je veux être une femme, un mélo pré-Almodovar avec Victoria Abril ; Rimini, de l’Autrichien Ulrich Seidl, et Inu-Ho, du Japonais Masaaki Yuasa.

« Aucun ours » : le fabuleux film dans le film de Jafar Panahi

Le dernier long-métrage de l’Iranien Jafar Panahi, réalisé en liberté conditionnelle, sort au moment où le cinéaste purge, depuis le 11 juillet, une peine de six ans dans la prison d’Evin, à Téhéran. Du reste, Aucun ours, récompensé par un Prix spécial du jury à la Mostra de Venise, évoque précisément la condition des artistes persécutés et, en même temps, leur incapacité à faire autre chose que leur métier. Voici un témoignage de première main, et donc inestimable, où fiction et réalité jouent au chat et à la souris.

Caché dans un petit village du Kurdistan iranien, frontalier avec la Turquie, Jafar Panahi réalise un film à distance. Il en orchestre les prises par le biais de l’écran de son ordinateur portable. A ce récit de tournage s’adjoint un petit drame villageois, traité d’abord sur un ton léger, puis de plus en plus grinçant, oppressant. Un enfant rapporte en effet avoir surpris le cinéaste en train de photographier une future mariée en compagnie d’un garçon autre que son fiancé, et donc en flagrante contravention de la coutume.

On le comprend, l’image est au cœur d’Aucun ours, dont le titre désigne, sous une formulation énigmatique, les fables diffusées à des fins de manipulation sociale. Quant au film dans le film, tourné de l’autre côté de la frontière, en Turquie, il raconte l’histoire d’un couple d’artistes en attente de faux papiers pour fuir l’Iran. Mais ce que le hors-scène révèle, c’est que les acteurs, Zara (Mina Kavani) et Bakhtiar (Bakhtiyar Panjeei), ne font guère que jouer leur propre rôle, déchirés par la même problématique. Cette tension prend la forme métaphorique de la frontière, visible d’une colline, dans la splendide scène nocturne où Jafar Panahi, guidé par son assistant, s’aventure dans une zone de contrebande. Ma. Mt.

Film iranien de et avec Jafar Panahi. Avec Naser Hashemi, Reza Heydari, Mina Kavani, Bülent Keser (1 h 46).

« Saint Omer » : un puissant tableau post-colonial

Dans Saint Omer, d’Alice Diop, il y a la mère, et la mer, à marée haute, devant laquelle une femme dépose sa fillette âgée de 15 mois, un soir d’automne, afin que les vagues l’emportent. L’accusée à la peau noire, d’origine sénégalaise, se retrouve dans le box de la cour d’assises de la petite ville du Pas-de-Calais, morceau du nord de la France abîmé par la crise. Première fiction de la documentariste née en 1979 (La Mort de Danton, en 2011, Vers la tendresse, en 2016, Nous, en 2021), Saint-Omer est inspiré du procès de Fabienne Kabou, laquelle abandonna son enfant sur la plage de Berck-sur-Mer, le 19 novembre 2013.

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