Au Théâtre des Champs-Elysées, une « Périchole » survoltée

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Soirée muy caliente au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, où le public a acclamé, ce 13 novembre, La Périchole, d’Offenbach, dont la nouvelle production, signée Laurent Pelly, se tient avenue Montaigne jusqu’au 27 novembre, sous la direction de Marc Minkowski. Le directeur de la scène parisienne, Michel Franck, s’est attaché un duo dont les états de service égrènent, depuis vingt-cinq ans, captations et DVD à l’appui, d’inoubliables succès, d’Orphée aux Enfers (1998) à La Grande-Duchesse de Gérolstein (2004), en passant par La Belle Hélène (2000) et Les Contes d’Hoffmann (2003).

Manquait cette Périchole, que chacun a d’abord travaillée en solo, Pelly à l’Opéra de Marseille en 2003, Minkowski en 2018, au sein de son ex-maison d’opéra bordelaise, dont témoigne l’enregistrement réalisé pour la collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane.

Dès les premières mesures, on sent que Les Musiciens du Louvre, qui célèbrent cette année leurs 40 ans d’existence, seront à leur meilleur. Des cordes rondes, souples et chantantes, donnant à la ligne telle inflexion viennoise, poussant jusqu’à l’Europe centrale des vents épanouis et colorés (les solos de clarinette), sous la direction dynamique et sensuelle d’un Marc Minkowski qui travaille en dramaturge cette partition sans cesse bondissante, enveloppant les voix d’une main ferme et caressante. Tout au long des trois actes, un bonheur de musique et d’intelligence.

La mise en scène n’a pas été si prompte à nous séduire. Il a fallu passer un premier acte assez potache et très énervé pour retrouver la vis comica que Laurent Pelly sait si bien déployer, notamment dans les ouvrages légers. On lui est reconnaissant de n’avoir pas transformé l’histoire de la Périchole, cette chanteuse des rues de Lima, en plaidoyer contre la misère, ni la figure autocrate d’un vice-roi érotomane en gibier de potence au tribunal des violences faites aux femmes.

Qu’on se rassure, la fine mouche que la misère oblige à user de ses charmes saura bien à la fois assouvir sa faim et parvenir à ses fins : récupérer le cœur de son amant, Piquillo, qu’elle a abandonné, et que la cour lui a opportunément donné pour époux afin de respecter les convenances qui veulent que les maîtresses du roi soient des femmes mariées.

La façade d’un immeuble de quartier populaire, linge aux fenêtres, où s’agite une foule en tongs, bermuda et tee-shirt. Au mur, la menace à demi voilée d’un portrait, celui du vice-roi, lequel a dépêché deux de ses sbires et s’est lui-même grimé incognito afin de s’assurer de l’opinion favorable de ses sujets. C’est devant cette foule vaguement hostile, qu’hystérise le débit ambulant de boissons de trois cousines, aussi fortes en gueule qu’en fesses, que la Périchole et Piquillo vont tenter de gagner quelques sous – en vain. Elle, vaguement punk, short en jean, blouson de cuir et bas résille roses. Lui, en marcel, casquette à étoile rouge et guitare désaccordée.

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