Au Théâtre des Champs-Elysées, un « Orphée et Eurydice » sans divine surprise

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La salle bien remplie du Théâtre des Champs-Elysées en ce début de saison, mercredi 21 septembre, a sans doute mis du baume au cœur du directeur général et artistique de l’institution parisienne, Michel Franck, après une année de reprise post-confinements plutôt morose. Véritable retour de l’appétence du public ? Ou phénomène de rentrée autour d’un nom, celui du contre-ténor Jakub Jozef Orlinski, qui faisait avec l’Orfeo ed Euridice (1762), de Gluck, ses premiers pas scéniques à Paris ?

A 31 ans, le chanteur d’origine polonaise s’est fait connaître du grand public en 2017, via les réseaux sociaux, grâce à une vidéo diffusée sur la page Facebook de France Musique lors du Festival d’Aix-en-Provence. Le beau jeune homme de 27 ans y chantait en bermuda d’été et en plein air le magnifique « Vedro con mio diletto » – extrait d’Il Giustino (1724), de­ Vivaldi –, déclenchant une « Orlinski-mania » d’autant plus grande qu’il avait fait sensation quelques jours plus tôt dans l’Erismena (1655), de Cavalli : le chanteur entrait en scène avec un époustouflant numéro de breakdance, discipline qu’il pratique en compétition.

Chant tendu

Lors d’un premier récital Salle Gaveau en 2018, nous avions cependant noté que cette voix au joli timbre mordoré et à la musicalité sensible accusait quelques faiblesses dans la maîtrise du souffle et de la ligne, dénoncé le maniérisme de certaines notes sans vibrato poussées à l’extrême, aux couleurs enlaidies. ­Force est malheureusement de constater que ces défauts ne se sont pas corrigés. Est-ce une salle surdimensionnée couplée à la béance de l’espace scénique, en quelque sorte désertée par la mise en scène indigente de Robert Carsen (déjà présentée in loco en 2018) ? Le chant de Jakub Jozef Orlinski est tendu, le phrasé manque de legato, sans parler d’aigus dont la stridence surprend parfois. Même le fameux « Che faro senza Euridice » (« j’ai perdu mon Eurydice »), climax émotionnel de l’œuvre, pourtant scéniquement crédible, semble curieusement inhabité.

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Lors de la première en 2018, Patricia Petibon campait une Euridice tragique et passionnelle, réellement revenue des enfers. Il est vrai que la soprano française effectuait son retour au plateau trois mois après le décès brutal de son époux, le violoniste de jazz Didier Lockwood, le 18 février 2018. L’annonce liminaire avertissant de la méforme vocale de Regula Mühlemann empêche de jauger l’incarnation de la Suisse, qui a néanmoins accepté d’assurer la production.

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C’est l’Amour vif, piquant et gracieux, très bien chantant, d’Elena Galitskaya qui rafle la mise, d’autant que le « lieto fine » qui rend sans condition Euridice à Orfeo, lui appartient. Impeccables et d’une grande homogénéité, les Chœur et Orchestre Balthasar Neumann sous la direction lyrique et ciselée de Thomas Hengelbrock ont quelquefois paru ménager les chanteurs, manquant notamment de violence et de contrastes dans les scènes infernales.

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