Au Musée Cernuschi, à Paris, le renouveau de la peinture à l’encre en Chine au XXᵉ siècle

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Situé en lisière du parc Monceau, à Paris, le Musée Cernuschi, écrin voulu par l’homme d’affaires et républicain italien exilé en France Henri Cernuschi (1821-1896), dispose d’une importante collection d’art asiatique. Des pièces venues de Chine, mais aussi du Japon, du Vietnam ou de Corée, achetées en quantité par l’industriel lors de ses voyages, ou acquises par l’établissement, propriété de la Ville de Paris, à laquelle il l’avait légué ainsi que ses collections.

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Parmi les œuvres venues enrichir le fonds plus récemment, beaucoup d’artistes chinois du XXe siècle et contemporains. Peu présentes dans le parcours permanent, ces pièces ont rarement l’occasion de sortir des réserves. C’est le cas actuellement, grâce à l’exposition « L’Encre en mouvement », qui, sous cet intitulé intrigant, déroule une histoire de la peinture chinoise au XXe siècle. De la fin de l’Empire à la seconde guerre mondiale, de la révolution de 1949 à l’ouverture des années 1980, ce siècle est pour la Chine une période de turbulences. Et pour les artistes peintres, lorsqu’ils ont l’occasion de voyager, au Japon d’abord puis en Europe et en Amérique, la possibilité de confronter leur art, défini depuis des siècles par l’usage de l’encre, à des techniques et gestes observés ailleurs.

Soixante-dix œuvres, sur soie ou papier, réalisées par une trentaine d’artistes, dont sept encore vivants, sont présentées dans cinq salles du musée où une lumière tamisée protège ces pièces fragiles de l’altération. Des vidéos montrant quelques-uns de leurs auteurs et autrices au travail accompagnent tout au long du parcours la présentation, illustrant la dimension gestuelle de leur art. Posé sur le sol afin de faire éprouver au visiteur la posture du peintre en action, l’un des écrans invite à observer, comme posté derrière son épaule, Zhang Daqian (1899-1983), à genoux, promenant sur le papier son large pinceau trempé dans un seau d’encre noire, dans un mouvement quasi chorégraphique.

Nature et animaux

Le parcours débute avec l’avènement de la république en 1912, qui signe la fin du régime impérial et qui s’accompagne d’un renouvellement de l’art calligraphique et pictural, marqué par une redécouverte des graphies archaïques figurant sur des vases rituels ou des stèles. En témoigne l’encre sur papier de Kang Youwei (1858-1927), Souvenir de la dame Qiao (1920), où les idéogrammes étonnent par leur style rugueux.

Le voyage au Japon est alors une étape importante dans la formation des jeunes artistes chinois. Ils y étudient les techniques occidentales dans les écoles d’art où enseignent notamment des professeurs français et font entrer la couleur dans leur palette. Au même moment, les anciennes collections impériales de la Cité interdite s’ouvrent au public. Les artistes redécouvrent une partie de la tradition picturale chinoise, où prédominent la nature et les animaux. Œuvre sur papier représentative de cette époque, Pivoines (1947), de Yu Fei’an (1889-1959), propose un poème calligraphié accompagné d’un bouquet de fleurs aux dégradés de rose et de pourpre, tiges et feuilles étant réalisées à l’encre.

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