Au festival Jazzdor, à Strasbourg, une « Lady M » en majesté

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Le compositeur et guitariste Marc Ducret suit son parcours avec une endurance rare : malmené par le Covid-19, Lady M, son opéra de chambre pour contre-ténor, soprano et petite formation de jazz (rock, contemporain) trouve à Jazzdor, à Strasbourg, la scène et les moyens parfaits. C’était le dimanche 6 novembre, et la date marquera l’histoire de l’orchestre.

Le festival Jazzdor, qui se tient jusqu’au vendredi 18 novembre, condense une année d’activités musicales : espaces entre, diversité, confrontations, tout ce que résume la carrière de Marc Ducret, guitariste très singulier, grand leader, compositeur essentiel.

Premier week-end marathon, reprenons. Samedi 5 novembre : « C’est vrai qu’ici c’est un public de jazz… », lance étourdiment la soprano de Vox, le groupe de David Chevallier, avant d’attaquer un programme Purcell à la sauce Chevallier. Ou comment ficher en l’air trente ans de philosophie de Jazzdor en une pirouette…

Le public de jazz connaît Purcell et Monteverdi, mais fidèle en cela à Jazzdor, il est prêt à tous les détournements

Allez, pas bien grave… Le public de jazz connaît Purcell et Monteverdi, mais fidèle en cela à Jazzdor, il est prêt à tous les détournements. En dirait-on autant du public de Purcell ? Basta ! On croyait ce temps des chiffonniers bien révolu. Depuis 2004, David Chevallier, c’est l’art du croisement appris chez Laurent Dehors : la circulation entre les formes, entre les courants, la transversalité, traboules et chemins de traverse. Purcell, par un trio vocal de haut vol (Elise Dabrowski et l’étonnant David Linx le complètent), dérivé par la guitare de Chevallier. Grande aventure…

Deuxième partie, les Killing Popes (drivés par le batteur Oliver Steidle et Dan Nicholls du haut de son clavier) invitent Claudia Solal – formidable – et Marc Ducret – il ne déçoit jamais. Free ? Pop bruitiste ? Punk rock ? Drone metal ? Electro zarbi ? Nombreuses pistes, dans l’excellent bréviaire de Jazzdor (Stéphane Ollivier). Comme toujours, la vérité vient de la scène.

Jeune scène berlinoise

Le dimanche 6, c’est reparti pour un tour, avec le quartet KUU !, pur produit de la jeune scène berlinoise : « Un univers musical postmoderne détonant et provocateur » (toujours le petit livre rouge du festival en mains). Free rock ou heavy jazz ? Réponse type : « C’est juste de la musique avec différentes influences croisées dans nos vies. »

Ben tiens… Cela dit, ils sont très marrants, les KUU ! Avec ses airs de Chet Baker à 24 ans, Christian Lillinger a un talent de rebond aux baguettes dont il use et abuse. Un des guitaristes ressemble à Rock Hudson dans un mélodrame de Douglas Sirk ; l’autre à Vincent Mahey comme deux gouttes d’eau – cela dit, si vous ne connaissez pas Vincent Mahey, prince des ingénieurs du son, ça ne vous avance pas vraiment. Jelena Kuljic, la chanteuse en kilt, nous vient de Serbie.

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