« Atlas historique de la Terre », de Christian Grataloup : regarder se faire et se défaire les formes du monde

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« Atlas historique de la Terre », de Christian Grataloup, avec Charlotte Becquart-Rousset, Léna Hespel, Héloïse Kolebka et Légendes Cartographie, Les Arènes/L’Histoire/Sciences et avenir, 342 p., 29,90 € (en librairie le 6 octobre).

Il faut lire ce livre à toute vitesse. Au début, en tout cas. On s’arrêtera plus tard, soigneusement, sur certaines cartes, certaines infographies, sur les données en cascade, parfois touffues, qu’il recueille. Mais, monument labyrinthique aux multiples entrées, l’Atlas historique de la Terre, la nouvelle réussite de l’équipe réunie autour du géo-historien Christian Grataloup, après l’Atlas historique mondial et l’Atlas historique de la France (Les Arènes/L’Histoire, 2019 et 2020), frappe d’abord par son rythme, son art d’embarquer le lecteur dans un flux continu de connaissances renouvelées.

C’est une somme, qu’on pourra garder près de soi quelques années pour retrouver, ou découvrir encore, une information. Mais c’est aussi une expérience, une machine à ressentir et à comprendre, qui se révèle, par sa profusion, parfaitement ajustée à son objet : les constantes métamorphoses de la Terre et de la vie, les formes infinies d’un jaillissement que les auteurs tentent ­d’attraper au vol. Et qu’ils dirigent sur nous, notre capacité à en ­comprendre quelque chose, notre responsabilité envers lui.

Apparition progressive de l’Univers

Porté par un mouvement de ­balancier, il se précipite des profondeurs du temps vers le plus extrême contemporain, puis revient, repart, construit son propos dans ces allers-retours dont l’ampleur est le premier enseignement. Ainsi commence-t-il loin, le plus loin possible, avec un « instantané de la plus ancienne lumière du cosmos », tel qu’il pouvait être 380 000 ans après le Big Bang, il y a plus de 13 milliards d’années, quand, précisément, il n’avait d’autre substance que la lumière. Les savants nomment « fond diffus cosmologique » ce rayonnement saisi par l’observatoire spatial européen Planck, dont les variations de température annoncent la naissance des étoiles et des galaxies, des centaines de millions d’années plus tard.

Une autre figure, dans la double page suivante, scande cette apparition progressive de l’Univers que nous connaissons, par bonds représentant quelques milliards d’années à chaque fois, de la formation d’étoiles (relativement) éphémères à la multiplication ­infinie de galaxies. Ailleurs : naissance de la Terre, il y a 4,5 milliards d’années ; apparition de la vie, un milliard d’années plus tard ; premiers représentants de la lignée humaine, après bifur­cation parmi les grands singes, il y a 7 millions d’années.

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