Arts : Ma Desheng, en corps-à-corps avec la matière

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Entrer dans l’atelier de Ma Desheng, au rez-de-chaussée d’un immeuble de la rue de Belleville, à Paris, c’est se trouver face à des falaises de grandes toiles, entre lesquelles s’ouvre une gorge. L’image de falaises s’impose d’autant plus que ces peintures figurent des amoncellements de rochers qui semblent crouler. L’artiste est au bout du défilé ménagé entre ses œuvres, dans le fauteuil roulant auquel il est contraint, depuis qu’en 1992 un très grave accident d’automobile a tué son épouse et l’a privé de l’usage de ses jambes. Dire qu’il est un survivant ne serait pas excessif.

Né à Pékin en 1952, il contracte une poliomyélite à 1 an et n’a donc jamais marché sans béquilles. Cela, on le sait depuis longtemps : sur les photographies des manifestations du groupe des Etoiles, à Pékin, en 1979, le jeune homme maigre à la casquette, souriant, appuyé sur ses longues béquilles de bois, qui fait face aux policiers et aux officiels, c’est lui. C’est ainsi qu’il est entré dans l’histoire, en héros de la lutte pour la liberté d’expression, avec ses amis artistes et écrivains, Huang Rui, Qu Leilei ou Wang Keping, qui, comme lui, a dû s’exiler en France. Ma y est arrivé en 1986.

« J’adore la nature, les pierres, les montagnes, l’eau. Les pierres ont des millions d’années, elles ont résisté à tout, c’est un modèle pour moi » Ma Desheng

Le voyant au pied de ses toiles immenses, on ne peut s’empêcher de lui demander pourquoi il reste dans un espace aussi exigu. « Où irais-je ? Dans ma situation, où trouverais-je un lieu auquel je pourrais accéder aussi bien qu’ici ? En banlieue ? Ce serait très compliqué. Il faudrait trouver l’endroit, casser des murs, l’aménager. » Ici, il a ses habitudes, dont celle de travailler dehors. L’atelier s’ouvre en effet sur une sorte de pelouse. Quand le temps le permet, il s’y installe avec son assistant. Août est son mois préféré. La crèche mitoyenne est fermée et de nombreux voisins sont absents. Ceux qui restent le regardent travailler et lui font leurs commentaires : « Oh, monsieur Ma, c’est bien ce que tu fais… », imite-t-il en riant. Mais comment faire des œuvres si imposantes, certaines de 3 mètres de haut et de 10 mètres de long ? « Je demande à mon assistant de les tourner pour que les différentes parties soient successivement à ma hauteur. Pour peindre le plafond de la Sixtine, Michel-Ange se couchait sur le dos. » Il a dû trouver une autre méthode.

Surfaces épaisses et ridées

Comme son illustre prédécesseur italien – comparaison à laquelle on ne s’attendait pas –, Ma commence par des dessins. « Je suis au lit, à la maison, je rêve, la composition commence ainsi : par de petits dessins au crayon. Ensuite, avec l’ordinateur, il est facile de continuer. Puis la peinture. » Mais il ne faut pas en déduire que Ma exécute méthodiquement un projet fini. « A partir de l’idée initiale, ça n’en finit pas de changer. Pour moi, le tableau n’est jamais fini. Je pourrais le reprendre encore et encore. D’ailleurs ça m’arrive. Ou le refaire, reprendre les couleurs et les noirs. » Ainsi obtient-il les surfaces épaisses et ridées qui évoquent si fortement la pierre – son principal sujet ces derniers temps.

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