« Antoine le Bienheureux », sur Histoire TV : un témoin de la fin des empires

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HISTOIRE TV – VENDREDI 4 NOVEMBRE À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Toute son existence, cet homme a pris soin de documenter la moindre séquence de sa vie. A travers ses écrits, ses dessins, ses films tournés avec une petite caméra, Antoine Köpe, né citoyen austro-hongrois en 1897 à Constantinople, mort citoyen américain, a réuni une masse d’archives qui font la richesse de ce documentaire, agrémenté par des éclairages d’historiens et des archives d’actualité d’époque, dont de rares images de la guerre menée sur le front de Palestine en 1917.

Un film voulu par son petit-fils américain, Tony Childress. Son grand-père a beau ne pas avoir été illustre politicien ou artiste réputé, il a été le témoin privilégié de bouleversements historiques aussi importants que la chute de l’Empire austro-hongrois et la naissance de la Turquie moderne.

Cette plongée dans les soubresauts de l’histoire se révèle passionnante. La mère d’Antoine Köpe était française, son père hongrois. La famille s’est installée à Thessalonique en 1898 après avoir vécu à Constantinople, les enfants ont des prénoms français et un nom de famille hongrois, tout le monde parle français à la maison, la vie est douce.

« Au XIXe siècle, il était assez courant pour de nombreux Austro-Hongrois de vivre et de travailler dans d’autres pays. Le monde était beaucoup plus cosmopolite qu’on a tendance à le croire aujourd’hui », rappelle l’historienne Tamara Scheer.

« Hâte de porter l’uniforme »

A Thessalonique, juifs, orthodoxes, musulmans et catholiques se côtoient. La ville compte sept écoles françaises. Mais, en 1913, les troupes grecques et bulgares menacent la ville. L’Empire ottoman vit ses derniers moments et la famille Köpe se replie à Constantinople. Antoine a16 ans.

Le confit mondial débute en 1914 et le jeune homme confie avoir « hâte de porter l’uniforme austro-hongrois et d’être décoré ». Exaucé, il fera la guerre, sera envoyé fin 1917 sur le front sud de l’Empire, pour défendre la Palestine menacée par les forces britanniques. Peine perdue, Antoine Köpe, après une retraite à Damas et un retour à Constantinople, appartient au camp des vaincus.

 Antoine  Köpe durant la première guerre mondiale.

« Des camarades qui, quelques jours plus tôt, étaient de bons et loyaux soldats austro-hongrois se déclarèrent subitement Tchèques, Roumains, Polonais ou Italiens », écrit Antoine. Son pays n’existe plus mais il décide de continuer à vivre à Constantinople, au risque de se faire arrêter par les occupants français, britanniques ou italiens.

En juillet 1920, une opportunité professionnelle envoie Antoine en Anatolie, dans le village de Kandilli, pour le compte d’une compagnie minière. Il décrit et dessine son quotidien, épouse Emilie, une Grecque, en 1921. En 1926, à la naissance de son premier enfant, il s’offre une petite caméra Pathé. Les films de famille vont s’accumuler mais la vie paisible à Kandilli va être bouleversée, cette fois par les violences entre musulmans et chrétiens.

Quelle place pour les Köpe dans la nouvelle république de Mustafa Kemal Atatürk ? Une fois de plus, il faut bouger, changer de travail. Antoine trouve un poste à la Banque ottomane et part à Sivas, en Anatolie centrale. Plus tard, déchu de sa nationalité hongroise par le pouvoir communiste hongrois, il voudra devenir turc. Refusé. Il est temps d’émigrer aux Etats-Unis. Ce sera chose faite en 1962. Quand la petite histoire se mêle à la grande…

Antoine le Bienheureux de Nefin Dinç (Fr., 2021, 51 minutes).

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