Anne Lorho, Jean-Michel Mestres, écrivains ukrainiens… Les brèves critiques du « Monde des livres »

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Trois romans, un recueil pour l’Ukraine, les auteurs du Monde… Voici les brèves critiques de huit ouvrages notables de la rentrée littéraire en cette quarante-quatrième semaine de l’année.

Recueil. « Hommage à l’Ukraine », sous la direction d’Iryna Dmytrychyn et Emmanuel Ruben

Peuplée depuis le néolithique, hérissée de vestiges d’une gloire désormais inimaginable, la presqu’île de Trakhtemyriv, ancienne capitale cosaque sur le fleuve Dniepr, a été engloutie à l’époque soviétique, au profit d’une centrale hydroélectrique. Quand, comme treize autres écrivains ukrainiens, le romancier Lyubko ­Deresh a été invité par Iryna Dmytrychyn et Emmanuel ­Ruben à raconter un lieu qui, à l’heure de l’agression russe, ­exprime la réalité de leur pays, c’est cette « Atlantide » à la fois « collective » et « intime » – tant il aimait « errer » jeune homme, « parfois seul, parfois en bonne compagnie », sur ses rivages – qui s’est imposée à lui. Que ­restera-t-il, après la guerre, de ces traces presque invisibles ? Quel vide irrémédiable ?

« Microcosmes » d’une vie ukrainienne menacée, à son tour, d’engloutissement, telle la « minuscule maison de briques rouges » que la romancière Taïs Zolotkovska rêve pourtant de retrouver un jour « libérée, si calme qu’on y entend les étoiles filer », les lieux évoqués dans ce beau recueil opposent à la violence et à la volonté d’anéantissement de l’envahisseur la puissance toujours renaissante d’une Ukraine « plurielle, multiforme (…), chatoyante et torturée », selon les mots d’Emmanuel Ruben. Une Ukraine qui se dresse, toute harnachée de « rêves et de fantômes », contre la destruction et l’oubli. Fl. Go

« Hommage à l’Ukraine », sous la direction d’Iryna Dmytrychyn et Emmanuel Ruben, traduit de l’ukrainien et du russe par Iryna Dmytrychyn, Paul Lequesne et Emmanuel Ruben, Stock, « La cosmopolite », 250 p., 21,50 €, numérique 15 €.

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Roman. « Confessions à un ficus », de Catherine Logean

C’est une plante d’open space, une touche verte sur la moquette grise. C’est aussi un arbre sur lequel poussent des grappes de symboles religieux valorisants quand il ne fait pas l’objet d’un culte, comme chez les bouddhistes. Le ficus, à la fois quelconque et sacré : enraciné dans le flou. Si Geoffroy, le narrateur du très drôle premier roman de Catherine Logean, se met à déballer sa vie, ses affres, au ficus installé dans le cabinet de son psychanalyste, c’est certainement parce que l’arbuste est le totem d’un monde où personne ne parle la même langue. Son employeur lui propose un stage « Assertivité et ­affirmation de soi »  ; son jumeau à qui tout réussit lui enjoint d’« aller de l’avant » après que sa compagne l’a abandonné ; son psychanalyste lui répond par métaphores – « Si vous étiez une voiture de sport rouge… »  ; la metteuse en scène de la pièce dans laquelle il se met à jouer par hasard lui demande « d’incarner la finitude »  ; l’amie bouddhiste de son ex « emprunte l’octuple sentier qui conduit à la libération ». D’un jargon l’autre, les conversations s’apparentent à des ronciers, où la communication finit pleine d’égratignures. C’est que l’on est tous des ­pépiniéristes un brin monomaniaques. P.-E. P.

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