Affaire PPDA : Florence Porcel et le bâillon de la honte

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Livre. Faisons le point : que connaît-on vraiment de Florence Porcel ? On sait qu’elle accuse celui qu’elle surnomme « le prédateur » de l’avoir violée non pas une, mais deux fois (Patrick Poivre d’Arvor nie l’ensemble des accusations portées contre lui). Qu’elle a été la première à porter plainte. Que la riposte médiatique de son agresseur présumé a paru si insupportable à d’autres femmes que certaines sont sorties de l’ombre pour dire : « Je ne connais pas Florence Porcel, mais je la crois car il m’est arrivé la même chose. » On sait, enfin, qu’une ancienne amie avec laquelle elle a longtemps correspondu l’a livrée à ses lions en communiquant leurs échanges écrits, déstabilisants de vulgarité et d’impudeur, à la défense de l’accusé.

Ce qu’on ignorait jusque-là, c’est comment Florence Porcel – qui avait commencé à raconter son histoire dans un roman à clé, Pandorini (JC Lattès), paru il y a deux ans – encaissait ces chocs successifs. A la lecture de Honte, on découvre que sous son crâne en partie constitué de titane (à la suite d’une trépanation subie à l’adolescence), il y a un mental en acier. Alors même qu’elle est à l’origine et au cœur du maelstrom, l’autrice s’efforce de se détacher des faits qu’elle dénonce pour répertorier et analyser tout ce qui les entoure. A commencer par ce fameux sentiment de honte, dont elle ressuscite le souvenir des premières cuisantes brûlures qui lui ont été infligées enfant pour en démonter le mécanisme de musellement.

« Solide comme une femme »

Sa réflexion, quasi pédagogique, suit le cheminement qui lui a fait comprendre qu’elle n’était qu’une représentante parmi d’autres d’un universel féminin pétri de négation de droits et d’invisibilisation – la partie d’un tout. En partageant sa découverte, et sans chercher à l’intellectualiser, elle donne à comprendre la culture du viol et l’imprégnation machiste de nos psychés. Il n’est pas anodin, d’ailleurs, que la journaliste et romancière use autant du « je », celui de la victime de viols connue comme telle, que du « nous » qui l’inclut dans une société encore incapable de regarder les victimes de violences sexistes et sexuelles pour ce qu’elles sont. Florence Porcel n’est pas née féministe, elle l’est devenue, par la force des événements et de son besoin de les surmonter. Faute de trouver un qualificatif qui lui convienne, elle a inventé son expression : d’elle, elle dira désormais qu’elle est « solide comme une femme ».

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Cette démonstration aux faux airs de plaidoirie lui permet de poursuivre son autre but : donner sa version des faits, sans intermédiaire, sans l’interruption des commentaires, avant l’éventuel procès qui ne manquera pas de la déchiqueter une nouvelle fois. Avec ce livre sans pathos, Florence Porcel en appelle à la raison plutôt qu’à la passion, suscite la réflexion plutôt que la compassion. On ne sait si le fardeau de sa peine s’en trouve allégé. Mais le voilà posé, et exposé aux yeux de ceux qui veulent savoir avant de juger.

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