A Paris Photo, les images anonymes sortent de l’ombre

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Il y a toujours foule sur le stand de la galerie Lumière des roses, à la foire Paris Photo, le grand rendez-vous mondial de l’image fixe qui se tient au Grand Palais éphémère jusqu’au dimanche 13 novembre : on y trouve les photos les moins chères du salon, mais aussi les plus éclectiques. Exception dans cette foire qui met en avant les maîtres et les chefs-d’œuvre, les galeristes Marion et Philippe Jacquier se sont donné comme spécialité la photo anonyme, dont ils présentent des exemples triés sur le tas.

Cette fois, entre une photo de petite fille assise sur un faux croissant de lune, dans les années 1940 en France, et une vue de l’assaut de soldats anglais en Sicile, pendant la seconde guerre mondiale, ils proposent une photo de deux enfants nus à l’allure de petits chérubins, immortalisés sans doute par un père photographe amateur talentueux dans leur jardin, aux Etats-Unis, vers 1870. Cette photo pleine de charme s’est vendue dès le premier jour à 2 000 euros, quand bien même l’auteur est inconnu. « Parmi la masse des images trouvées aux puces, chez des collectionneurs, dans des ventes ou des brocantes, on choisit celles qui ont une qualité esthétique, en se fiant uniquement à notre regard… Les gens y répondent selon leur goût, leur culture, leur histoire », explique le galeriste qui qualifie son secteur de « micromarché ».

François Cheval, conservateur : « Les gens ont trouvé dans la photographie un outil incroyable pour vivre une autre vie, pour inventer leur propre récit »

Collectionneurs et amateurs sont désormais nombreux à s’intéresser à cette photographie dite « vernaculaire », faite au départ pour un usage domestique, dans laquelle on range parfois aussi la photo utilitaire – publicitaire, scientifique, immobilière, policière… « La photo vernaculaire, c’est toute la photo qui n’est pas de l’art, et c’est donc la majorité de la photographie en termes de production », rappelle l’historien Clément Chéroux, conservateur en chef pour la photographie au MoMA de New York, auteur du livre Vernaculaires. Essais d’histoire de la photographie (Point du jour, 2013). Ce dernier a, en particulier, étudié les liens des avant-gardes avec les pratiques populaires de la photographie, comme le tir photographique pratiqué dans les fêtes foraines et très prisé des surréalistes. « La photo vernaculaire vient en permanence redéfinir l’art, en offrant une alternative à ce qui est considéré comme de l’art. Enormément d’artistes ont collectionné ce genre d’images ou s’en sont inspirés, de Laszlo Moholy-Nagy à Walker Evans », dit-il.

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