A Chaillot, une mise en abyme de l’amour du théâtre, vivante et ludique

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La question est simple. Les réponses, vertigineuses. Cette question, on peut la formuler ainsi : en quoi l’histoire du théâtre concerne-t-elle chacun d’entre nous ? La metteuse en scène Fanny de Chaillé y répond avec un spectacle aussi drôle et accessible que brillant et profond, travaillant son sujet dans sa forme même, Une autre histoire du théâtre, qui a fait un tabac tout au long des représentations au Théâtre public de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où la pièce a été jouée avant de partir au Théâtre de Chaillot, à Paris, puis en tournée.

La grande force du spectacle, c’est la transparence avec laquelle il emboîte différents niveaux de lecture sans jamais prendre le spectateur de haut. Fanny de Chaillé en a eu l’idée lors de sa création précédente, Le Chœur, menée avec quatre jeunes comédiens. Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala et Valentine Vittoz avaient entre 25 et 30 ans, et la metteuse en scène leur a posé les questions suivantes : « Pourquoi faire ce choix de devenir acteur aujourd’hui ? Qu’est-ce que cela met en jeu chez vous ? En quoi cela vous relie au monde dans lequel vous vivez ? »

La grande force du spectacle est la transparence avec laquelle il emboîte différents niveaux de lecture sans jamais prendre le spectateur de haut

Ces interrogations les ont menés vers l’envie de raconter « une autre histoire du théâtre », issue d’une subjectivité collective, où seraient convoqués sur le plateau et incarnés par eux-mêmes les artistes, textes, spectacles ou pédagogues qui ont compté pour eux dans l’amour qu’ils portent à cet art. Autrement dit, faire théâtre avec le fait de raconter le théâtre, en une mise en abyme qui prend un tour on ne peut plus vivant et ludique.

Les voilà donc, sur le plateau entièrement nu, ces quatre jeunes gens d’aujourd’hui habillés comme dans la rue, à la fois banals et pas banals, chacun dessinant discrètement sa singularité. Et la mise en abyme est d’emblée démultipliée avec la séquence qui ouvre la représentation : elle rejoue un passage d’un spectacle, Elvire Jouvet 40, qui a fait date quand il a été créé, en 1986. La metteuse en scène Brigitte Jaques-Wajeman avait choisi de créer une pièce à partir des cours donnés par Louis Jouvet, en 1940, à une jeune élève du Conservatoire, à qui il faisait travailler la deuxième scène d’Elvire dans Dom Juan, de Molière. Fascinante leçon de théâtre, dans laquelle le maître pousse son élève dans les retranchements du « moi encombrant qui la possède » et dans la recherche d’un jeu sans artifices.

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