« 1917 », sur France 2 : Sam Mendes filme la première guerre mondiale avec les codes de la seconde

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FRANCE 2 – MARDI 22 NOVEMBRE À 22 H 50 –FILM

C’est pendant la première guerre mondiale que le cinéma a connu son premier âge adulte, avec la naissance du long-métrage, des premiers grands spectacles. Au sortir de la « der des der », le cinéma a traité la catastrophe qui s’était abattue sur l’Europe comme un cauchemar qu’il fallait interpréter. Hollywood a trouvé dans la seconde guerre mondiale une matière première inépuisable et malléable. Ses fronts mobiles, ses théâtres d’opérations dispersés sur toute la planète offraient tous les ingrédients du spectacle : le mouvement, l’étrangeté, le suspense.

Il est venu à Sam Mendes l’idée de réaliser un film situé pendant la première guerre mondiale qui emprunterait les codes du conflit suivant. 1917 refuse l’ennui et l’immobilité pour emporter ses deux personnages principaux – deux lance corporals (« soldats de 1re classe ») de l’armée britannique – dans une course harassante (pour eux comme pour le spectateur).

Odyssée sanglante

Le film se présente sous la forme d’un plan unique qui va du moment où l’on rencontre les soldats Schofield (George MacKay) et Blake (Dean-Charles Chapman) au repos sous un arbre de la verdoyante campagne picarde jusqu’à la conclusion de leur mission. Il ne s’agit que d’une illusion. Il faudra plus de vingt-quatre heures pour arriver au terme de cette odyssée aussi sanglante que l’Iliade, et le film en dure moins de deux.

Comme n’importe quel conscrit, le spectateur n’a d’autre choix que la compagnie de ces deux garçons chargés de sauver, par un simple message, une unité isolée, menacée d’un massacre, que de les suivre dans leur tâche herculéenne. Il s’agit autant de faire partager l’expérience des personnages que de la représenter. Mais ces tricheries dans le temps ou dans l’espace sapent dans le même mouvement le crédit que l’on pourrait accorder au film de Mendes. L’illusion d’être un biffin courant comme un dératé sous les obus n’est finalement pas très différente de celle que suscite un jeu vidéo réussi.

C’est finalement en découpant mentalement, pour le remonter comme un film classique, qu’on trouvera le plus d’intérêt à 1917. L’une des plus belles séquences se passe dans une cave, la nuit, éclairée à la bougie. Là, l’un des deux garçons trouve une jeune fille (Claire Duburcq) qui a recueilli un nourrisson qu’elle est incapable de nourrir. Ce moment simple touche grâce à la gravité des jeunes acteurs, à la justesse de la lumière.

Autre idée brillante, celle de décomposer la classe militaire dirigeante en une série de figures attrapées au vol, toutes incarnées par des acteurs de premier plan. Colin Firth, Andrew Scott, Mark Strong, Benedict Cumberbatch couvrent l’éventail, de la baderne sanguinaire à l’humaniste désespéré. Ces éclairs de beauté ou d’intelligence viennent dissiper le nuage de poudre aux yeux dont Mendes a entouré son film.

1917 Film de Sam Mendes. Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman, Colin Firth, Andrew Scott, Benedict Cumberbatch (EU/RU, 2019, 1 h 59). France 2

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