samedi, avril 4

Depuis le début des opérations militaires le 28 février, le régime iranien a lancé des dizaines d’attaques de missiles et de drones contre les pays du Golfe, dont le Koweït qui abrite plusieurs bases militaires américaines. Ces offensives ont causé des dégâts considérables, tant sur des sites militaires que des infrastructures pétrolières et portuaires. Le régime iranien accuse ces pays de servir de base pour le lancement d’attaques contre son territoire.

Dans plusieurs courriers adressés aux Nations unies au cours du mois de mars, l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU, Amir Saeid Iravani, affirme que le Koweït permet « la planification, la préparation, l’équipement et l’exécution » d’attaques militaires contre l’Iran.

Le Koweït a rejeté ces accusations. « Nous n’avons pas autorisé l’utilisation de notre territoire, de notre espace aérien ou de nos côtes pour mener une quelconque activité militaire contre [l’Iran]”, a déclaré l’émir du Koweït, cheikh Meshal Al-Ahmad Al-Jaber Al Sabah, le 9 mars.

Des vidéos montrent au moins 13 missiles tirés depuis le territoire koweïtien

Cependant, l’analyse de vidéos publiées sur les réseaux sociaux le 24 mars contredit ces déclarations. Elles montrent au moins 13 missiles tirés depuis le sol koweïtien. La plupart de ces vidéos ont été filmées depuis Umm Qasr, une ville irakienne située à la frontière avec le Koweït.

Ces vidéos, filmées en direction du sud, montrent des missiles lancés depuis le côté koweïtien de la frontière..

L’une des vidéos publiées le 24 mars, d’une durée d’une minute et trente secondes, montre une longue séquence au cours de laquelle on peut voir au moins 13 missiles être tirés. Nous avons synchronisé cette vidéo avec d’autres vidéos publiées sur les réseaux sociaux, chacune documentant différents moments de cette séquence. Sur ces images, les détonations des frappes sont audibles environ 15 secondes après l’apparition des missiles.

À proximité de la zone d’où les missiles sont tirés, on aperçoit des infrastructures pétrolières.

En analysant l’emplacement des caméras, les angles de prise de vue par rapport aux infrastructures pétrolières situées sur le territoire koweïtien, et en estimant la distance entre ces caméras et l’endroit d’où provenaient les frappes, nous avons pu identifier une zone à partir de laquelle les missiles ont été tirés, depuis le désert koweïtien, à l’est de la petite ville d’Abdali.

Une deuxième série de tirs a été enregistrée dans la même zone dans la nuit du 31 mars au 1er avril. Une fois encore, plusieurs vidéos ont été filmées depuis le côté irakien de la frontière, dont une depuis un remorqueur irakien amarré au large, à 50 kilomètres à l’est de la ville portuaire d’Umm Qasr.

Tirs de missiles GMLRS de fabrication américaine

Le Commandement central américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir utilisé des lance-missiles mobiles connus sous le nom de Himars dans le cadre de son opération contre l’Iran. Il a publié des images de ces lance-missiles montés sur camion en train d’effectuer des tirs depuis un désert, mais sans indiquer d’où ils avaient été tirés.

Cette plateforme de haute précision peut soit tirer six missiles GMLRS, d’une portée de 70 kilomètres, soit un seul missile ATACMS d’une portée pouvant atteindre 300 km.

Selon des analystes que nous avons contactés, le Himars n’est pas utilisé par l’armée koweïtienne .

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Frederik Coghe, expert en systèmes d’armes et en balistique à l’Académie royale militaire de Bruxelles, estime que les missiles visibles sur les images du 24 mars sont cohérents avec des tirs du système Himars.

Les vidéos et les images sont compatibles avec des tirs de roquettes/missiles GMLRS provenant de lanceurs Himars. Un seul Himars peut tirer 6 projectiles GMRLS classiques en une séquence. Les délais entre les projectiles semblent aussi indiquer une séquence de tir simultanée avec au moins deux lanceurs Himars. Chaque séquence de tirs complète correspond à peu près au délai classique de 45 secondes, avec 6-7 secondes entre chaque projectile tiré.

Pourrait-il en revanche s’agir de tirs de missiles intercepteurs contre des drones ou des missiles ennemis ? Ceci n’est pas impossible, mais le nombre de tirs est alors très élevé pour des tirs d’interception,  et il n’y a pas de source ouverte qui parle de systèmes de défense aérienne actifs dans cette région. En plus, personne ne semble avoir filmé d’interception.

Les tirs de missiles des 24 et 31 mars se sont produits à partir d’une zone située à environ 55 kilomètres au nord-ouest de Camp Buehring, une base militaire américaine au Koweït.

Dans le cadre de l’opération « Fureur épique » (« Epic fury »), ce camp sert de base à la 42e division d’infanterie de la Garde nationale de l’armée américaine, originaire de l’État de New York.

En outre, une unité de la Garde nationale du Wisconsin équipée de Himars opère actuellement au Koweït, et d’autres unités de la Garde nationale ont déjà opéré des Himars au Camp Buehring par le passé.

Les autorités  koweïtiennes n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Quant au Centcom, il  n’a pas souhaité faire de commentaire.

Des impacts de missiles filmés en Iran le 24 mars

Le 24 mars, le jour même où les missiles ont été filmés dans le désert koweïtien, depuis Umm Qasr, des habitants d’une autre ville irakienne située près de la frontière avec l’Iran ont filmé une série d’explosions à un poste-frontière iranien appelé Shalamcheh, à environ 60 km de la zone de tir au Koweït.

Sur ces images, on peut voir au moins sept explosions. Les intervalles entre les explosions en Iran correspondent aux intervalles entre les tirs enregistrés au Koweït, ce qui laisse supposer que les missiles tirés depuis le territoire koweïtien ont atterri dans cette zone en Iran.

Un missile GMLRS voyageant à une vitesse de Mach 2 mettrait environ 90 secondes pour parcourir les 60 kilomètres séparant la zone de tir au Koweït du poste-frontière en Iran. Lockheed Martin, le fabricant américain de ces missiles, indique que les modèles standard ont une portée de 70 kilomètres.

Après avoir analysé les vidéos des impacts à Shalamcheh, Frederik Coghe confirme que les explosions correspondaient bien à des tirs de munitions GMLRS effectués depuis le Koweït le même jour :

Il ne me semble pas impossible qu’on ait effectué des tirs MLRS à partir du Koweït vers l’Iran, car ce dernier est bien dans la portée des missiles GMLRS.

Le système MLRS est meilleur marché avec très peu de risque, et laisse très peu de temps de réaction à l’ennemi. En plus, le temps de préparation est très rapide, un élément important quand il y a des cibles identifiées à la dernière minute.

Les vidéos montrant les impacts semblent toutes montrer des impacts sur Shalamcheh. Dans l’une d’elles, on voit clairement que le nombre d’impacts est cohérent avec le nombre de projectiles tirés.

Des images satellite prises le 30 mars montrent des dégâts apparents sur des entrepôts à Shalamcheh.

via GIPHY

Les médias d’État iraniens font état de dégâts causés par des missiles 

Des médias d’État iraniens ont rapporté qu’un chantier naval civil situé près de la ville de Khorramshahr (à une vingtaine de kilomètres Shalamcheh), a été touché par des missiles américains dans la nuit du 31 mars. Le site se trouve à environ 65 kilomètres de la zone de lancement au Koweït. Selon eux, le site, n’était pas utilisé à des fins militaires, a été touché par 44 missiles .

Il n’a pas été possible de vérifier de manière indépendante à quoi servait ce chantier naval ni par quels types de missiles il avait été ciblé.

Le 13 mars, le New York Times avait documenté des tirs de missiles Himars depuis le Bahreïn. Interrogé par le média américain, le gouvernement bahreïni a affirmé qu’il « n’avait pris part à aucune opération offensive ». Le Centcom n’avait pas souhaité faire de commentaires.

Depuis le début des frappes de la coalition américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, le corps des Gardiens de la révolution islamique iranien a lancé des attaques contre des sites militaires et des infrastructures dans plusieurs pays du Golfe, dont le Koweït.

Le 1er avril, l’Iran a frappé un pétrolier koweïtien, Al-Salmi.

Des attaques précédentes avaient visé une centrale électrique et une usine de dessalement d’eau,  le 30 mars, le principal port koweïtien de Shuwaikh le 27 mars, et des réservoirs de stockage de carburant à l’aéroport international du Koweït, le 25 mars.

La base aérienne Ali Al-Salem et le camp Buehring au Koweït ont également été fortement visés lors de ces frappes iraniennes.

Le 16 mars, Mai Sato, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, et la Mission internationale d’enquête sur l’Iran ont qualifié ces attaques iraniennes de « frappes de représailles« , provoquant une réaction de l’ambassadeur du Koweït auprès de l’ONU, Nasser Al-Hayen.

Il a averti que présenter ces attaques comme des représailles pourrait  justifier l’agression de l’Iran contre le Koweït et d’autres pays de la région.

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