« Dehors les drapeaux européens à la mairie! Place aux drapeaux français ». Le nouveau maire de Carcassone, Christophe Barthès, député Rassemblement national pour encore quelques jours, n’a pas pris de pincettes pour ses premiers pas dans son bureau d’édile. Et de se filmer dans une vidéo publiée sur X où on le voit lui-même enlever l’étendard bleu aux 12 étoiles du fronton de l’édifice public.
À plusieurs centaines de kilomètres de là, c’est le nouveau maire RN de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson qui prend en photo la façade de l’hôtel de ville, elle-même désormais nue de tout symbole de l’Union européenne. Ne reste plus qu’un drapeau français. Même topo à Harnes dans le Pas-de-Calais où le nouvel élu Anthony Garénaux-Glinkowski, qui a fait basculer ce bastion de gauche depuis des décennies, a enlevé 48 heures après son élection les étendards européens et ukrainiens.
« Des propositions moins démagos »
Bref, les victoires aux municipales du parti à la flamme sont l’occasion pour les gagnants de mettre en scène leurs convictions anti-européennes.
La manœuvre a cependant de quoi surprendre. Si le mouvement dirigé par Jordan Bardella a un temps prôné un référendum pour sortir la France de l’Union européenne et par ricochet en finir avec l’euro comme lors de la campagne présidentielle de 2017, Marine Le Pen a largement fait marche arrière ces dernières années.
« C’est Florian Philippot qui portait ce sujet, ça ne vous a pas échappé qu’il n’était plus chez nous et que depuis, on fait des propositions moins démagos », grince un cadre du parti auprès de BFM.
Un temps numéro deux du parti, l’ancien intime de Marine Le Pen, farouche contempteur de l’Union européenne et de son fonctionnement, a en effet quitté le parti avec fracas peu de temps après la présidentielle de 2017. Pendant la campagne, il avait qualifié le drapeau européen de « torchon oligarchique ».
Dans son programme de 2022, avec désormais Jordan Bardella en guise de bras droit, la députée du Pas-de-Calais ne fait plus aucune référence explicite à la fin de l’euro ou au « Frexit ». Tout juste peut-on lire qu’elle promet de « bâtir une Europe des nations libres et des projets concrets », sans guère plus de détails.
Un retrait légal
Dans un parti qui n’a pas l’habitude que ses élus jouent leur propre carte, les maires qui ne veulent plus des drapeaux européens ont-ils péché par zèle? Certains pourtant assument ce geste à l’instar de Jean-Philippe Tanguy. Le député RN décrit ainsi le drapeau européen sur X comme « illégitime », rappelant que les Français « l’avaient refusé lors du vote sur la Constitution européenne » en 2005.
Le traité établissant une Constitution pour l’Europe voulait en effet faire du drapeau de l’Union européenne « un symbole » à afficher sur les bâtiments publics sur tout le continent.
Quant à Marine Le Pen, elle est sur la même longueur d’onde que ses troupes. « Rien ne prévoit la mise en œuvre de drapeaux européens sur les mairies », a rappelé la présidente des députés RN ce mardi à la sortie des questions d’actualité au gouvernement à l’Assemblée nationale.
En effet, aucune loi ne rend obligatoire la présence du drapeau européen sur le fronton des hôtels de ville, à une seule exception près, celle du 9 mai, journée de l’Europe. La Constitution n’oblige qu’à l’affichage du drapeau français.
« Ne pas effrayer les gens sur l’Union européenne »
Le retrait des étendards européens n’a donc rien d’illégal, mais il fait cependant bien grincer quelques dents en interne.
« Je ne dis pas qu’ils ont mal fait mais que si on pouvait éviter de remettre sur la table des sujets clivants qui font peur aux Français, c’est aussi bien », tranche ainsi un élu RN.
« On va probablement s’en prendre plein la tête pendant la campagne donc ne nous ajoutons pas une difficulté en plus en effrayant les gens sur l’Union européenne », ajoute un collaborateur parlementaire.
Flèches décochées en macronie
Pour gagner en 2027, le RN doit en effet s’assurer à la fois de conquérir le cœur des électeurs de plus de 65 ans, ceux qui se mobilisent le plus aux urnes et qui sont dans le même temps les plus pro-européens.
Il doit aussi parvenir à s’assurer les bonnes grâces de la droite pro-business, ce à quoi s’affaire depuis des mois Jordan Bardella qui a multiplié les rencontres avec le patronat ces derniers mois. Avec en point d’orgue son invitation aux universités d’été du Medef fin août.
Les opposants au RN ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Le ministre délégué à l’Europe Benjamin Haddad a dénoncé sur X « un populisme de bas étage », évoquant les « 3,4 millions d’euros de fonds européens pour l’hôpital de Caracassonne ». « On les rend aussi? », a feint de se demander ce proche de Rachida Dati.
Enlever les drapeaux européens, d’accord mais en toute discrétion
L’eurodéputée Valérie Hayer, qui avait porté la candidature de Renaissance aux européennes, en juin 2024 s’est inquiété de son côté « d’un véritable Frexit qui ne dit pas son nom ».
Dans les rangs du parti à la flamme, des consignes ont donc été passées. D’accord pour enlever le drapeau européen du fronton des mairies mais dans une relative discrétion. Exit donc les messages sur les réseaux sociaux ou les photos envoyées à la presse locale.
En 2023, une proposition de loi Renaissance visant à rendre obligatoire le pavoisement du drapeau européen aux côtés du drapeau européen avait été adoptée. Mais elle n’a jamais été examinée par le Sénat et ne sera très probablement pas votée d’ici la prochaine élection présidentielle.
Article original publié sur BFMTV.com




