Le coup de tonnerre a sonné en fin de soirée, mardi 17 mars 2026. Et personne ne l’avait vu venir : le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a publié un communiqué annonçant la destitution du Sénégal, vainqueur sur le terrain et en prolongation de la CAN 2025 au terme d’un match très houleux (1-0). Et c’est le Maroc, pays-organisateur battu à Rabat, qui est désormais champion d’Afrique sur tapis vert.
Une déflagration inédite que la CAF justifie par le comportement des joueurs du Sénégal qui, courroucés par une décision arbitrale prise dans le temps additionnel de la deuxième période de la finale, ont quitté le terrain pendant plusieurs minutes. La destitution des Lions a malgré tout abasourdi le monde du foot et provoqué immédiatement beaucoup de ressentiment chez certains. C’est le cas de Claude Le Roy, très amer devant ce spectacle.
Des « décisions grand-guignolesques » de la part « d’incompétents qui dirigent le football africain »
Joint par RFI en fin de soirée, Claude Le Roy exprime ressentir un « sentiment de tristesse par rapport à la façon dont certains s’ingénient à abimer l’image de ce continent ». Interrogé par Alexis Guilleux, l’ancien coach dit son « effarement » face aux « décisions grand-guignolesques d’incompétents qui dirigent le football africain ».
Remonté, il tacle sévèrement le président de la Fifa, Gianni Infantino, et ceux qui l’entourent. Claude Le Roy fustige « les vassaux de M. Infantino qui dirige le football africain depuis des années, qui se présente en Deus ex machina dès qu’il y a une compétition en Afrique, qui n’oserait pas faire le 1/100ᵉ sur un Euro ou sur une Copa America, ou même sur une Coupe d’Asie des nations ».
Le patron du foot mondial est rhabillé pour l’hiver : « Il joue les matadors sur le continent africain parce qu’avec l’argent de la Fifa, il peut acheter et utiliser un peu la cupidité de certains dirigeants de ce continent – pas tous . Ça fait des voix pour l’élection à la présidence de la FIFA. Son comportement est indigne. On a tous honte de cette décision aujourd’hui. Je lisais le communiqué de la Fédération royale marocaine ; même elle a l’air un petit peu gênée. » Patrice Motsepe, le président de la CAF, n’a pas beaucoup plus de crédit à ses yeux.
« Ce continent mérite autre chose, il faut arrêter »
La décision prise quasiment deux mois jour pour jour après la finale sidère Claude Le Roy. « Cela ne peut arriver nulle part ailleurs que sur ce continent. Il faut arrêter. Ce continent mérite autre chose, déplore-t-il. On a vu que le Maroc était capable d’organiser une Coupe d’Afrique des Nations sur les stades, les terrains d’entraînement, les transports, les conditions hôtelières de très haut niveau mondial. Il ne faut pas que des bons à rien, des incompétents abîment l’image donnée par ce qu’il y avait comme qualité sur les terrains. »
Pour le vainqueur de la CAN 1988 avec le Cameroun « personne, personne ne peut envisager que le Sénégal ne soit pas maintenu comme champion d’Afrique ». Il ne peut en être autrement, « d’autant plus que, pour des raisons juridiques, s’ils (les joueurs sénégalais, NDLR) étaient restés plus de quinze minutes (hors du terrain, NDLR) », la CAF aurait eu un argument solide à faire valoir contre Pape Thiaw et ses hommes. « Mais ils sont restés douze minutes », poursuit Claude Le Roy.
L’entraîneur de 78 ans a une pensée pour Jean-Jacques Ndala, l’arbitre congolais de la finale, « complètement abandonné à lui-même à la fin ». « On n’a vu aucun dirigeant, aucun responsable de la CAF venir l’aider ! (…) Ce pauvre arbitre ne savait plus quoi faire », développe le technicien. Il concède que M. Ndala aurait pu appliquer le règlement et donner un carton jaune à chaque joueur sénégalais ayant quitté le terrain, ce qui aurait conduit à plusieurs expulsions. « Voilà les décisions qu’il fallait prendre. Elle n’ont pas été prises parce que l’arbitre, qui avait pourtant été assez bon jusque là, était complètement perdu », nuance Le Roy.
Le Tribunal arbitrale du sport « reviendra sur cette décision », assure Le Roy
Cette soirée du 17 mars 2026, qui devait être dominée par la Ligue des champions UEFA, restera donc marquée par cette décision « qui vient de nulle part, que personne ne peut expliquer, qui ne repose sur rien », grince Claude Le Roy, persuadé que cette histoire ne peut pas s’arrêter ainsi. « Jamais les Marocains ne pourront être sacrés champions d’Afrique. Personne, nulle part sur le continent, personne n’acceptera ça. Personne », martèle l’entraîneur.
« Sur l’ensemble de la compétition, le Maroc était la meilleure équipe ; sur la finale, le Sénégal méritait de gagner, point final. Voilà, c’est la vie du foot, c’est l’histoire du foot », tranche le consultant de Radio Foot Internationale.
Désormais, la Fédération sénégalaise de football a dix jours pour faire appel de la décision du jury d’appel de la CAF auprès du Tribunal arbitral du sport. L’instance « reviendra sur cette décision et consacrera le Sénégal, bien évidemment », est convaincu Claude Le Roy. Les joueurs du Sénégal, eux, n’ont de toute évidence pas l’intention d’abandonner leur couronne comme ça. Moussa Niakhaté, défenseur de l’Olympique lyonnais et des Lions, a ainsi relayé sur les réseaux sociaux des photos de sa médaille et du trophée de la CAN avec ces mots : « Venez les chercher ! Ils sont fous, eux ! »
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