Où est J. D. Vance ? C’est la question qui a agité les observateurs de la vie politique américaine le week-end du 3 janvier, alors que Donald Trump annonçait une opération militaire au Venezuela. Pas de trace du vice-président américain sur les photos montrant l’équipe de Trump dans la « war room » de sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, en train de suivre la capture de Nicolás Maduro en direct dans la nuit de vendredi. Absent aussi lors de la conférence de presse donnée le lendemain au même endroit. Introuvable, toujours, dans les émissions politiques dominicales.
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« Son absence, en particulier à cette conférence de presse historique, était criante, note la journaliste et politologue Marie-Christine Bonzom, contactée par Le HuffPost. Surtout quand on connaît le mécanisme du gouvernement fédéral américain : habituellement, un vice-président est aux côtés du président, même sans prendre la parole, quand il s’agit d’un événement qui engage des troupes à l’étranger ».
Selon la Maison Blanche, la présence de J. D. Vance à Mar-a-Lago à ce moment-là aurait généré un cortège de voitures, en pleine nuit, qui aurait pu éveiller les soupçons des Vénézuéliens. Interrogée à ce sujet ce mercredi, la porte-parole de Donald Trump a insisté sur le fait que J. D. Vance était « bien présent » ce soir-là… « via une communication sécurisée, dans un lieu différent, pour ne pas mettre à mal la confidentialité de cette mission ». Le vice-président a finalement réservé sa première réaction au réseau social X, sur lequel il a salué, dimanche, une opération « vraiment impressionnante ».
Dans son ombre, un autre a pris la lumière : le Secrétaire d’État Marco Rubio. Présent tout le week-end aux côtés du président et dans les médias, l’ancien sénateur de Floride, dont l’espagnol est la langue maternelle, a été chargé par Donald Trump de poursuivre cette mission au Venezuela, avec la tâche colossale de « remettre le pays sur pied ». Une gageure qui pourrait peser dans la suite de sa carrière politique au sein du mouvement MAGA (pour « Make America Great Again »).
« Vance-Rubio » ou « Rubio-Vance »
Marco Rubio est en effet considéré comme un potentiel héritier de Donald Trump, au même titre que J. D. Vance. Si, jusqu’ici, ce dernier est largement favori pour être le candidat des républicains en 2028 selon les sondages, le Secrétaire d’État ne cache pas ses ambitions. Dans une interview sur Fox News l’été dernier, il estimait que Vance, un « ami proche », ferait un « excellent candidat » et qu’il le soutiendrait, sans toutefois fermer la porte à une candidature. En coulisses, même Donald Trump s’amuse de cette rivalité, selon le Wall Street Journal, se demandant notamment si le duo président – vice-président de la candidature républicaine sera plutôt « Vance-Rubio » ou « Rubio-Vance ». À la question d’une journaliste pour savoir si Marco Rubio avait eu son oreille plus que J. D. Vance lors de l’opération au Venezuela, Donald Trump a répondu par la négative. « Ils l’ont tous les deux », a-t-il balayé.
Le président américain évoquait une telle intervention dès 2017. Mais il a trouvé chez Marco Rubio, sinon l’influence pour passer des mots aux actes, du moins « une convergence » d’idées, selon Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, joint par Le HuffPost. Fils d’immigrés cubains, farouchement anticommuniste et interventionniste, Marco Rubio milite depuis des années pour un changement de régime à Caracas. Avec un autre objectif en ligne de mire : « que le régime castriste à Cuba [très dépendant du pétrole vénézuélien, ndlr] tombe comme un fruit mûr dans l’escarcelle du gouvernement Trump », selon Marie-Christine Bonzom.
« Si l’intervention ne tourne pas au désastre, si la base MAGA et le peuple américain voient des résultats positifs pour eux et leur pays (avec l’accès effectif au pétrole et aux minerais critiques, ou la réduction significative du flot de drogues vers les États-Unis), Marco Rubio pourra faire valoir que c’est un modèle d’opération qui répond aux intérêts des Américains », estime la spécialiste des États-Unis. « Mais si l’aventure s’enlise, ses ambitions s’enliseront aussi. »
J. D. Vance, un fervent défenseur de l’« America first »
De son côté, J. D. Vance joue une partition tout aussi délicate. Le vice-président, engagé dans les Marines comme correspondant de guerre en Irak en 2005, n’a de cesse de dénoncer l’interventionnisme américain à l’étranger. Au printemps dernier, il était l’un des seuls responsables à exprimer des réticences avant des frappes américaines au Yémen, dans des messages échangés sur Signal et révélés par The Atlantic.
Faut-il voir dans sa discrétion sur le Venezuela le reflet de son opposition aux interventions américaines ? « Que les choses soient claires : le vice-président est impliqué dans toutes les décisions, il est le bras droit du président sur tous les sujets, dont le Venezuela », a martelé la porte-parole de la Maison Blanche mercredi.
« Sa situation est très acrobatique, juge Marie-Christine Bonzom. Car s’il se confirme qu’il a des divergences avec Trump et Rubio, le vice-président est et restera en même temps la personne la plus associée au bilan du président, qui l’a d’ailleurs autorisé à passer quasiment toute l’année 2025 à tisser des liens avec les grands donateurs du parti républicain » en vue des prochaines échéances électorales.
J. D. Vance n’a par ailleurs pas oublié que Donald Trump s’était fait élire sur son slogan isolationniste « America first » et la promesse, centrale, de mettre fin aux interventions américaines à l’étranger. Selon un sondage Reuters/Ipsos publié le 5 janvier, seuls 33 % des Américains approuvent l’opération pour capturer Nicolás Maduro. Cet épisode, qui intervient alors que le mouvement MAGA se fracture depuis plusieurs mois autour de l’affaire Epstein ou des questions d’immigration, « pourrait finir de le démanteler et donc poser des problèmes à Donald Trump pour les élections de mi-mandat en novembre puis aux candidats trumpistes à la présidentielle de 2028 », analyse Marie-Christine Bonzom.
La suite de l’opération sera donc déterminante. Et notamment la question de l’envoi ou non de troupes américaines au Venezuela. « Ce qui se passe à l’étranger n’est un enjeu que si des Américains risquent leur vie », décrypte Jérôme Viala-Gaudefroy. En attendant, ce sont surtout les questions économiques qui préoccupent les électeurs outre-Atlantique. Et les potentiels bénéfices de l’opération vénézuélienne sur ce plan pourraient mettre un (très) long moment à se faire sentir.
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