
Adieu le caisson aux vitres noires et sa vieille structure métallique rouge, adieu le hall d’entrée informe, le bricolage à tous les étages… Adieu toute cette banalité fauchée qui faisait la fierté du Théatre des Amandiers, situé à Nanterre, le gage de son avant-gardisme de gauche, la mémoire de la grande aventure qu’y ont menée Patrice Chéreau (1944-2013) et sa troupe dans les années 1980. Ce haut lieu de la culture post-1968 renaît aujourd’hui dans des habits neufs, taillés dans la maille de notre époque, par l’agence Snohetta, en association avec les français SRA.
De l’avenue Pablo-Picasso, qui, elle, n’a rien perdu de sa nudité désolée, le bâtiment impose sa matérialité lisse et sa volumétrie légèrement désaxée : une boîte en verre bleutée qui pointe le nez vers le ciel et vient s’encastrer, à l’autre extrémité, dans le grand parallélépipède blanc de la cage de scène, tandis que le parvis, scindé en deux niveaux, s’enfonce dans le sol de manière symétrique.
En comparaison avec la géométrie prismatique de l’Opéra d’Oslo (2008), au grand cylindre tranché de la bibliothèque d’Alexandrie (2002), aux courbes hyperboliques des bureaux du Groupe Le Monde (Paris, 2020), à toutes ces formes iconiques qui ont fait la notoriété de l’agence norvégienne, les cinq degrés d’inclinaison de la boîte en verre paraissent pour le moins timides. Cet effet de signature, dépourvu de nécessité structurelle, a au moins le mérite de distinguer la façade de ce Centre dramatique national de celle d’un immeuble de bureaux.
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