jeudi, septembre 3

  • La dépression post-partum touche 10 à 20% des jeunes mamans.
  • Plus sévère que le baby blues, elle est aussi plus difficile à détecter.
  • Les proches jouent un rôle crucial pour aider les mères, explique la thérapeute du couple Evelyne Dillenseger.

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La naissance d’un enfant est censée être un moment de joie pour les parents. Toutefois, pour de nombreuses jeunes mamans, elle peut aussi s’accompagner d’une souffrance psychique silencieuse, difficile à nommer et parfois invisible aux yeux de l’entourage. La dépression post-partum touche 10 à 20% des femmes dans les semaines qui suivent l’accouchement, selon l’Assurance maladie (nouvelle fenêtre). Elle est encore taboue et sous-diagnostiquée, pourtant des signes peuvent permettre la prise en charge.

La dépression post-partum n’est pas un baby blues

Interrogée par TF1info, la thérapeute de couple et sexologue Evelyne Dillenseger tient à faire la distinction avec le baby blues qui concerne la majorité des jeunes mères. Celui-ci survient dans les premiers jours après l’accouchement et se traduit par des pleurs, de la fatigue, un changement d’humeur et une hypersensibilité. Il disparaît généralement après une à deux semaines. La dépression post-partum, elle, « est plus lourde« , souligne la psychanalyste. Et de préciser : « Ce sont les mêmes signes qu’une dépression. Il y a de la tristesse, une fatigue immense, de l’anxiété, de l’irritabilité, on peut avoir des pensées négatives, des troubles du sommeil« .  À cela s’ajoutent des difficultés à se concentrer, à mémoriser, mais également « l’impression d’être incapable d’être une bonne mère. On va culpabiliser excessivement. Il y a aussi des mères qui ne s’intéressent plus à leurs enfants. Elles se montrent indifférentes, elles les mettent à distance, ne veulent pas ou ne peuvent plus s’en occuper« . 

Les signes à surveiller

Plus sévère et plus durable, la dépression post-partum s’installe progressivement et peut persister plusieurs mois sans prise en charge adéquate. Et les proches ont un rôle primordial à jouer pour détecter ses signes, d’autant plus que « la mère peut tricher et dire que tout va bien, alors que ce n’est pas vrai, tout ça pour garder le cap. Il faut vraiment que l’entourage regarde cette nouvelle mère« , insiste Evelyne Dillenseger. Le conjoint (ou la conjointe) est le premier témoin des changements, de même que la famille élargie et les amis proches. Pour la spécialiste, « les autres vont le sentir« , ils vont observer un éloignement, mais aussi un isolement et des pleurs fréquents. « Elle est aussi très inquiète, surprotège parfois son enfant. La maman adopte des comportements qui sont dans les extrêmes« , précise-t-elle. Autres signes à surveiller : « Elle mange moins, elle dort moins, elle est irritable, elle semble toujours épuisée et elle veut tout gérer seule« . 

Il est important pour les proches d’aborder le sujet avec délicatesse et d’essayer d’alléger le poids qui pèse sur les épaules de la maman. Evelyne Dillenseger rappelle qu’il est préférable de privilégier l’écoute et d’éviter les phrases qui minimisent ou culpabilisent. Et parce que la mère ne va pas demander d’aide elle-même, les proches peuvent, eux, proposer un soutien concret comme rester avec le bébé ou lui donner le biberon, pendant que la mère se change les idées, se repose, sort voir des amies. Dans les couples hétérosexuels, la spécialiste insiste également sur le rôle du père. « Il faut absolument que l’homme prenne conscience que le corps de sa femme n’est plus le même. Elle a des complexes, elle a son nouveau rôle de mère. Donc, elle va être centrée sur son rôle de mère. Il faut absolument la déculpabiliser sur la sexualité« , souligne-t-elle. Elle ajoute qu’il peut aussi être d’une précieuse aide pour alléger la charge mentale, « même si ce n’est que faire les courses ou donner le biberon« .

Quand et qui consulter ?

Il existe plusieurs relais pour orienter une jeune maman en difficulté. La psychologue rappelle d’abord l’existence de l’entretien postnatal précoce. Obligatoire, il est proposé par le médecin ou la sage-femme entre la quatrième et la huitième semaine après l’accouchement et permet d’accompagner les femmes pendant le post-partum et de repérer les signes de dépression. 

Par ailleurs, il est aussi possible de consulter son médecin généraliste, un psychologue ou encore de se rendre à la protection maternelle et infantile (PMI), présente dans chaque département. La dépression post-partum se soigne bien, surtout si elle est repérée tôt. Evelyne Dillenseger tient également à rappeler qu’en cas de désorientation, de pensées suicidaires ou d’idées délirantes, il est primordial d’aller consulter un psychiatre d’urgence, car « ce n’est plus une dépression mais une psychose et c’est un danger pour l’enfant. C’est rare, mais ça arrive« .

Sabine BOUCHOUL

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