mercredi, juillet 22

  • Monique Barbut a annoncé sa démission ce mercredi, avant de se raviser, à la demande d’Emmanuel Macron.
  • Elle protestait contre le projet de loi agricole et la réintroduction de deux insecticides.
  • Elle est la huitième depuis 2017 à occuper ce poste difficile.

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Vingt-quatre heures d’hésitation et un revirement. Ce mercredi 22 juillet au matin, Monique Barbut annonce sur le réseau LinkedIn sa démission du gouvernement, pour protester contre la loi d’urgence agricole et la réintroduction, sous dérogation, d’insecticides controversés, « un recul environnemental de trop ». « La politique n’est pas mon monde », confie celle qui songe alors à retrouver sa « place de citoyenne engagée ».

Sauf que quelques heures plus tard, volte-face : la ministre de la Transition écologique, en poste depuis neuf mois, se maintient finalement (nouvelle fenêtre) à son poste, « à la demande » d’Emmanuel Macron. De quoi laisser pantois jusque dans les rangs de l’opposition. « C’est une tragi-comédie, soupire auprès de TF1info la secrétaire nationale des Écologistes et candidate à la présidentielle Marine Tondelier. C’est déprimant et pas à la hauteur de l’urgence »

Un épisode vertigineusement familier pourtant, tant le ministère est coutumier des psychodrames ces dernières années. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : Monique Barbut est la huitième titulaire du poste depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. En neuf ans, aucun autre grand portefeuille n’affiche pareil roulement. 

Au milieu de ces multiples changements, le départ le plus emblématique reste sans aucun doute celui de Nicolas Hulot : en 2018, l’ancien animateur vedette, recruté à grand bruit pour incarner l’ambition verte du quinquennat, démissionne en direct à la radio, sans prévenir personne, ni l’Élysée, ni le Premier ministre d’alors, Édouard Philippe, ni même sa femme. Il se dit « tout seul », épuisé par le poids des « lobbies » et les « petits pas »

Un ministère « sans levier »

Et ces départs retentissants dépassent largement l’élection de l’actuel chef de l’État. En 2013, Delphine Batho avait été limogée pour avoir qualifié de « mauvais » un budget qui rabotait ses crédits. Nicole Bricq, toujours sous le gouvernement Ayrault, n’avait quant à elle tenu qu’un petit mois, en 2012, débarquée pour s’être opposée à un forage pétrolier au large de la Guyane. Et dans les années 1990, Corinne Lepage racontait déjà dans un livre avoir dû menacer son Premier ministre, Alain Juppé, de démissionner pour se faire entendre…

« C’est le ministère de l’impossible », nous résume François de Rugy, qui a lui aussi occupé le fauteuil quelques mois entre 2018 et 2019 avant d’en tomber, sur fond d’affaires. « Il y a dans le cas de Monique Barbut certainement eu un problème de personne. Mais ce n’est pas tout : si l’exécutif n’a pas de ligne claire sur le fond, le ministre en charge se retrouve balloté. » 

Un conseiller soupire : « C’est difficile de trouver des marges de manœuvre budgétaire, il n’y a pas d’argent ! » Monique Barbut en a fait l’expérience : à peine arrivée à l’hôtel de Roquelaure, en octobre dernier, elle bataille pour sauver le Fonds vert, finalement amputé à 837 millions d’euros (nouvelle fenêtre) en 2026, contre 1,15 milliard d’euros en 2025 et 2,5 milliards en 2024.

Si l’exécutif n’a pas de ligne claire sur le fond, le ministre en charge se retrouve balloté

François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique

Le tout, parfois sans relais, ni à l’Assemblée nationale, ni au gouvernement, où son profil d’experte (nouvelle fenêtre) venue de la société civile, elle qui fut haute-fonctionnaire de l’ONU et présidente de l’ONG WWF France, a vite tourné à l’isolement. « Elle n’aurait dans tous les cas pas laissé un souvenir impérissable », tranche le député (MoDem) et secrétaire de la commission du développement durable de l’Assemblée, Mickaël Cosson. « Elle vient rarement dans l’Hémicycle, alors qu’à la tête d’un tel ministère, il faut du sens politique, connaître le terrain et savoir faire des compromis. »

Mais la personnalité seule de son locataire ne suffit pas à comprendre les difficultés de ce ministère que certains qualifient de « maudit ». Car les vastes dossiers de l’écologie, de l’adaptation au changement climatique, à l’eau en passant par la biodiversité, se jouent sur le temps long, quand la vie politique carbure à l’émotion du jour. Un écart qui éclate au grand jour le 26 juin dernier. Ce matin-là, en déplacement, la ministre se dit devant les journalistes « horrifiée » à l’idée de généraliser la climatisation : « Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux ? Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien. » Le propos, censé pourtant plaider pour une adaptation plus sobre, provoque un tollé immédiat.

Disette budgétaire

« Le ministre de l’écologie, c’est le ministère de l’avant et de l’après, décrypte un conseiller. Mais pendant la crise, il n’a aucune marge de manœuvre ». « À son époque, Jean-Louis Borloo, fin politique par ailleurs, avait un grand ministère dont dépendait beaucoup de choses. Aujourd’hui, c’est un ministère vidé de sa substance qui n’a que très peu de leviers pour agir concrètement », abonde Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, qui regroupe une trentaine d’associations de défense de l’environnement. « Sur les questions climatiques, on préfère aller discuter avec le ministère des Transports, ou de l’Énergie sur des sujets précis. »

C’est aujourd’hui un ministère vidé de sa substance

Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat

En cause, un mélange de désintérêt et de disette. « Depuis Gabriel Attal, les Premiers ministres ne se sont pas beaucoup intéressés à l’écologie et les Français ne savent toujours pas où les politiques veulent les emmener », observe cette habituée des négociations gouvernementales, qui juge « les coupes budgétaires massives ces dernières années ».

La solution n’est-elle pas alors de décloisonner le portefeuille de ce ministère dont les titulaires sont souvent au sommet des rangs protocolaires ? « Il faut se méfier de la tentation d’en confier les clés au Premier ministre, ce serait une bêtise. Il faut un ministre fort, et surtout lui donner des moyens », juge François de Rugy. « Un ministre seul ne peut rien faire sans un cap », abonde Anne Bringault. Et de fixer déjà le prochain rendez-vous : « L’élection présidentielle de 2027 sera déterminante. »

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