Une nouvelle étape de l’idylle entre Donald Trump et Kim Jong-un ou une stratégie géopolitique? Le président américain a annoncé « réduire considérablement » la participation des États-Unis aux exercices militaires annuels avec la Corée du Sud – pays allié de longue date – invoquant en particulier sa « très bonne relation » avec le dirigeant nord-coréen.
« Non seulement » ces exercices militaires qui ont débuté ce lundi, « sont coûteux mais « envoient un signal tout à fait inapproprié et hostile à un pays qui, depuis que Donald J. Trump est président, s’est montré non menaçant et respectueux », a-t-il déclaré à la troisième personne, sur son réseau Truth Social, dimanche 16 août.
La veille, le républicain de 79 ans avait publié une photo de sa rencontre historique avec Kim Jong-un en 2019, lors de son premier mandat, affublée d’une légende vantant leur entente. « Malgré l’air peu amical que l’on voit sur cette photo en particulier, il y en a beaucoup d’autres où nous sourions: Kim Jong-un et moi nous entendons à merveille! », a écrit le président américain.
« Kim Jong-un m’a toujours traité avec un grand respect », a-t-il ajouté ce lundi depuis le Bureau ovale, sous-entendant que de récents échanges avaient eu lieu avec le dictateur nord coréen. « Je le comprends. Il me comprend. » Une harmonie affichée qui est loin d’être nouvelle, malgré un début de relation compliqué.
Une relation partie d’insultes… jusqu’aux lettres d’amour
À l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en 2017, les menaces et les noms d’oiseaux sont de mises entre les deux hommes. En septembre 2017, devant l’ONU, le milliardaire républicain menace de « détruire totalement » la Corée du Nord, puissance nucléaire, si elle ne revient pas sur son programme nucléaire et balistique. Il qualifie le régime nord-coréen de « brutal », de « vicieux ». Le président américain se vante d’avoir un bouton nucléaire « beaucoup plus gros et plus puissant » et attribue à Kim Jong-un le sobriquet de « Little rocket man » (« petit homme fusée »).
En réponse, le dirigeant nord-coréen traite Donald Trump de « psychopathe », de « chien apeuré », de « vieux malade mental » et menace de « discipliner par le feu le gâteux américain mentalement dérangé ».
« Pourquoi Kim Jong-un m’insulterait-il en me traitant de ‘vieux’ alors que je ne le traiterai JAMAIS de ‘petit gros’? Bon sang, j’essaie tellement d’être son ami, peut-être qu’un jour ça arrivera! », écrit le républicain sur X (anciennement Twitter) en pleine tournée asiatique en novembre 2017.
Les gros mots laissant rapidement place aux éloges dans le monde de Donald Trump, leur relation bifurque en quelques semaines: une première rencontre historique est organisée en 2018 à Singapour. Le républicain, qui cherche à conclure un accord sur la dénucléarisation du Nord, devient le premier président américain en exercice à rencontrer un membre de la dynastie des Kim.
Deux autres rencontres ont lieu en 2019, à Hanoï au Vietnam et à Panmunjom dans la zone démilitarisée entre les deux Corée. La Corée du Sud et la Corée du Nord restent techniquement en guerre depuis plus de sept décennies, le conflit qui les a opposées de 1950 à 1953 s’étant achevé par un armistice, et non par un traité de paix.
Si ces trois rencontres n’ont aucunement fait avancer la question du nucléaire nord-coréen, elles ont créé un lien. Depuis leur première rencontre, les deux dirigeants sont « tombés amoureux » selon les mots de Donald Trump. « Il m’a écrit de belles lettres, ce sont de magnifiques lettres » a-t-il affirmé en 2018. À l’instar de sa fascination pour les dictateurs, Donald Trump est séduit par cet « homme à poigne » qui ne « laisse personne penser différemment de lui ».
« Les rapports entre les États-Unis et la Corée du Nord sont inexistants mais ils sont cordiaux, il n’y a pas de tensions avec Trump », étaye auprès de BFM, Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS.
« Donald Trump humilie ses partenaires les plus proches »
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, le président américain espère compléter sa collection de photos avec le dirigeant nord-coréen. Ses récentes déclarations laissent penser qu’il cherche à renouer une diplomatie directe. Mais cela ne semble pas à l’ordre du jour du côté de Pyongyang. En septembre 2025, Kim Jong-un s’est déclaré ouvert à reprendre contact avec les États-Unis si ces derniers renoncent à exiger un abandon de son programme d’armes nucléaires. Un programme que le dictateur veut au contraire « exponentiel ».
Pour le chercheur associé à l’Iris, Romuald Sciora, Donald Trump ne fait pas un appel du pied à Kim Jong-un, mais plutôt à la « communauté des alliés de l’Amérique », dont la Corée du Sud.
« Trump et son entourage ont pour objectif de mettre à bas le système multilatéral post-45 pour nous ramener à une ère où la loi du plus fort prime et où l’on fait fi des alliances traditionnelles », explique Romuald Sciora. « Ce à quoi nous assistons fait partie de cette volonté de déstabiliser l’ordre ancien. Donald Trump humilie ses partenaires les plus proches ».
Ainsi, « il veut montrer aux pays de la région, au Japon, à la Corée du Sud, que s’ils veulent avoir le soutien des États-Unis, il faut montrer encore plus d’allégeances à l’Amérique que ce qu’ils en ont fait », abonde-t-il jugeant d’une « erreur stratégique monumentale » au vu de « l’isolement » américain et l’influence grandissante de la Chine.
Ces pays auxquels les États-Unis tournent le dos doivent chercher d’autres alliés, réinvestir dans leur propre défense et s’intéressent à leur tour de plus près au nucléaire. « Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la péninsule coréenne, et pour la stabilité internationale », remarque sur BFMTV Guillaume Lasconjarias, historien militaire, professeur à la Sorbonne Université.
« On pourrait se retrouver avec une prolifération nucléaire au cours des prochaines décennies très inquiétante », abonde le spécialiste des États-Unis, Romuald Sciora.
Marcher sur les plates-bandes de Moscou et Pékin
Ce n’est pas la première fois que Donald Trump cherche à mettre fin aux exercices militaires avec Séoul, avançant, comme en début de semaine, l’argument de leur coût alors que le président américain est embourbé dans le conflit avec l’Iran depuis six mois.
Mais dans cette région du monde très complexe, les récentes flatteries de Donald Trump envers Kim Jong-un auraient également pour objectif d’éloigner le dirigeant nord coréen de ses alliés chinois et russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine.
Depuis la guerre en Ukraine, un axe Moscou-Pékin et Moscou-Pyongyang s’est peu à peu solidifié. La Corée du Nord, qui jouit d’un poids grandissant sur la scène internationale, soutient la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine: la présidence ukrainienne estime que des dizaines de milliers de soldats nord-coréens ont appuyé les forces russes. Son implication lui apporte en retour des avantages économiques et militaires, ainsi qu’une expérience du champ de bataille.
Avec le soutien crucial de la Russie, Kim Jong-un a désormais moins de raisons de traiter avec Donald Trump, jugent les spécialistes. Le dirigeant nord-coréen « n’a plus besoin de la légitimité d’une poignée de main; il a besoin d’un allègement garanti et irréversible des sanctions (qui visent la Corée du Nord, NDLR), et ce, avant même de se présenter dans une pièce » pour négocier, estime Seong-Hyon Lee, chercheur invité au Centre asiatique de l’université de Harvard, interrogé par l’AFP.
À moins que tout cela ne soit une manière de détourner l’attention de la guerre en Iran ou de donner une leçon à la Corée du Sud? Donald Trump a en effet évoqué, comme autre raison justifiant la baisse de la voilure des exercices en Corée du Sud, le refus de Séoul de l’aider face à l’Iran.
« L’Iran est un échec très mal vécu par les Républicains et la base MAGA, donc effectivement, dès que Trump à l’occasion de détourner l’attention, il le fait », souligne le chercheur Romuald Sciora. « Il préfère donner l’impression qu’il est un homme qui a apaisé les tensions entre les Corée ». Mais malgré ses rêves les plus fous d’une paix entre la Corée du Sud et la Corée du Nord à son actif, « il sait très bien que c’est impossible », juge le spécialiste.
« Ce changement de dossier en plein été », « démontre du caractère extrêmement brouillon de Donald Trump dans la gestion des affaires du monde », résume le général Jérôme Pellistrandi, consultant défense pour BFMTV.
Article original publié sur BFMTV.com



