- Les 4.700 radars automatiques, installés aux bords des routes françaises, sont régulièrement la cible de sabotage et de vandalisme.
- Les condamnations sont rares car il est difficile de retrouver la piste des auteurs.
- Selon la Sécurité routière, ces destructions coûteraient entre 10 et 36 millions d’euros chaque année.
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Le 20H
Au bord de cette départementale, le radar a tout simplement disparu. « Il ne reste plus que le mât qui a été sectionné à 80 centimètres. Ça va certainement coûter très cher à réparer »
, montre Olivier Jacquinet, le maire (SE) de Mesnil-Sellières (Aube), dans le reportage du JT de TF1 ci-dessus. Il y a deux semaines, ce radar tourelle a d’abord été coupé, puis volé la nuit suivante, embarqué dans une remorque.
Le dispositif était là pour obliger les automobilistes à respecter les 90 km/h sur un axe très fréquenté et dangereux. L’édile avait obtenu son installation par la préfecture il y a trois ans. Il en avait fait son combat : « Tout au début de mon mandat, en 1995, j’ai eu le malheur de voir deux housses blanches au carrefour. Deux jeunes qui sont malheureusement morts. Je pense encore à leur famille. C’est quelque chose qui m’a choqué. Un engagement de ma part, un fil conducteur dans ma tête qui a dit que tout au long de ma carrière d’élu, je ferai tout pour que ça ne se renouvelle pas. »
Dans le village, les habitants s’interrogent : pourquoi s’en prendre au radar ? « C’est vraiment du vandalisme pur pour récupérer du pognon (…) pour le ramener chez eux, démonter, récupérer le cuivre »
, avance un riverain. Est-ce pour récupérer du métal ou un acte de vandalisme gratuit ? Depuis deux semaines, les gendarmes cherchent à comprendre et à retrouver les coupables. En seulement quelques mois, c’est déjà le cinquième radar ciblé dans le département. « Sur la D677 et également un (autre) situé plus loin sur la D960. Sur le mois de janvier, on a constaté une augmentation par rapport à l’année dernière »
, Colonel Antoine Lagoutte, commandant de compagnie du groupement de gendarmerie départementale de l’Aube.
Les auteurs encourent 75.000 euros d’amende et cinq ans de prison. Et s’ils agissent en groupe, la peine sera plus lourde mais difficile de remonter leur piste. « Ces enquêtes sont délicates. Les radars sont positionnés sur des lieux souvent isolés, sans caméra de vidéoprotection aux abords permettant de recueillir
les images sur le moment de la dégradation
, ni de témoignages de voisinage »
, détaille Antoine Lagoutte.
Les délinquants sont parfois retrouvés, comme en octobre dernier dans le Var. Un homme de 78 ans a été interpellé en flagrant délit. « Alors que son permis lui avait été retiré à la suite de multiples infractions routières graves, le mis en cause s’est rendu en véhicule sur le site d’implantation du radar pour le taguer à l’aide d’une bombe de peinture »
, lit-on dans un communiqué de la préfecture du Var. Le retraité a écopé de quatre mois de prison avec sursis et 600 euros d’amende. Mais ces condamnations restent rares et les dégradations, elles, se multiplient.
Un radar sur cinq hors service en décembre 2024
Partout en France, on observe des centaines de radars endommagés, notamment lors des manifestations. Par exemple en décembre, pendant la mobilisation des agriculteurs, avec ces destructions filmées et publiées sur les réseaux sociaux comme une provocation envers l’État. Selon un rapport du gouvernement, sur les 4.700 radars automatiques déployés en France, un sur cinq était hors service en décembre 2024, parfois pour des raisons techniques, mais surtout à cause du vandalisme.
« Les dégrader, non, faut peut-être pas les dégrader. Mais bon, c’est vrai qu’on a l’impression d’être un peu la tirelire du gouvernement »
, confie un automobiliste. « C’est jamais bien de détériorer le bien public, non »
, affirme une conductrice. Ce sont d’ailleurs les recettes des radars, c’est-à-dire l’argent des amendes, qui permettent de financer ces réparations. À savoir 500 euros en moyenne pour des tags ou une vitre brisée et jusqu’à 200.000 euros pour remplacer entièrement un appareil. Au total, selon la Sécurité routière, le vandalisme coûterait entre 10 et 36 millions d’euros chaque année.
«
C’est de l’argent qui n’est pas réinvesti
dans la Sécurité routière. C’est de l’argent qui n’est pas réinvesti dans les hôpitaux. C’est de l’argent, finalement, qui sert au bien public et qui manque dans les caisses »
, martèle Pierre Lagache, le vice-président de la Ligue contre la violence routière. Moins de radars sur les routes, c’est aussi moins d’amendes. Le manque à gagner pour l’État dépasse les 75 millions d’euros.




