samedi, mars 7

Livre. Quand Louise Tassin commence son enquête en 2014, aucun autre sociologue n’a encore pu avoir accès à un centre de rétention administrative (CRA) pour y mener un travail d’observation. Pénétrer un tel endroit est si rare que la direction du centre où elle passera plusieurs mois l’imagine pistonnée en haut lieu. Il faut dire que ces endroits de relégation font partie des institutions honteuses de la République.

Situés en périphérie des villes, oubliés dans le débat public − à l’exception des moments où un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté vient briser le silence −, ils ont pour rôle de détenir les personnes qui ne remplissent pas les conditions légales d’entrée ou de séjour sur le territoire. Leur rétention (hommes, femmes et, il y a peu encore, enfants) est censée ne durer que le temps de leur expulsion. La réalité est tout autre : d’une semaine légale en 1981, la mesure dérogatoire en vigueur allonge à quatre-vingt-dix jours la privation de liberté, pour un résultat discutable au regard d’objectifs comptables – seuls 30 % des hommes et des femmes enfermés quittent le territoire français.

A quoi ressemblent ces centres ? Il suffit de savoir qu’ils sont régulièrement épinglés pour leur ressemblance avec des espaces carcéraux pour s’en faire rapidement une idée : cour grillagée, barbelés, vidéosurveillance, hygiaphones… Louise Tassin s’intéresse surtout, ainsi que le promet le titre de son enquête, Comme on les enferme. Dans les centres de rétention, de Paris à Lampedusa (La Découverte, 288 pages, 22 euros), au fonctionnement matériel et quotidien des centres et donc à ceux qui les font tourner très concrètement : les travailleurs. Il en existe deux catégories principales : les policiers et les employés.

Ironie de la situation

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