samedi, mai 16

RFI : Quelle est la situation sur l’île et en quoi est-elle pire que ces derniers mois ?

Ariel Suárez : Voilà cinq jours que, dans quasiment tous les quartiers de La Havane, nous vivons des coupures de courant très prolongées. Et ça c’est dans la capitale. Je n’imagine même pas dans quelle situation se trouvent mes compatriotes des autres provinces du pays.

Par les canaux officiels, on nous dit qu’il n’y a plus de carburant dans le pays pour générer de l’électricité. Nous savons tous que les centrales électriques sont très vieilles. Ces dernières années, elles ont dû être réparées de plus en plus fréquemment. Je suppose que la somme du manque de carburant et de l’obsolescence technologique de nos installations provoque ce drame que nous vivons au quotidien. Ce jeudi (14 mai) au soir, la télévision nous disait que la moitié du réseau électrique cubain étaient déconnecté. Cela veut dire qu’il n’y avait pas de courant de Ciego de Ávila jusqu’à Guantanamo, tout à l’Est.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté leur mécontentement dans la nuit de mercredi à jeudi, d’ailleurs…

Personnellement je n’ai rien vu, car je n’ai pratiquement pas d’internet et ces images, à Cuba, nous ne pouvons les voir que sur les réseaux sociaux ou sur des chaînes YouTube [les médias d’État, liés au régime communiste, ne rendent pas compte des protestations, NDLR]. Mais des personnes de confiance m’ont rapporté ces manifestations, ces concerts de casseroles. Il y a même un groupe important de personnes qui a protesté devant les bureaux du gouvernement municipal de San Miguel del Padrón, à La Havane.

Des passants marchent dans la rue, près d’un feu allumé par des habitants qui protestent contre les coupures d’électricité prolongées, à La Havane, à Cuba, le jeudi 14 mai 2026.

Comment la vie quotidienne des familles est-elle affectée par ces longues coupures d’électricité ?

L’impact est énorme. Nos paroissiens et employés ne parviennent pas à se reposer. [Il fait très chaud avec l’arrivée de l’été et sans courant, il est impossible de brancher la climatisation ou les ventilateurs, NDLR]. Le manque d’électricité entraîne aussi des coupures d’eau courante. Cela signifie qu’on ne peut pas se laver, qu’on ne peut pas nettoyer les maisons et les aliments finissent par tourner, comme on ne peut pas les réfrigérer.

Puis, on le comprend aisément, quand on passe plusieurs nuits sans bien dormir, on est beaucoup moins efficaces au travail.

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Quel impact cela a sur votre vie de prêtre ?

Dans la paroisse où je sers comme prêtre, nous sommes dans une zone où, en général, ils ne coupent pas l’électricité. Mais nous avons quand même installé des panneaux solaires en août 2025.

La situation est très différente au siège du secrétariat de la Conférence des évêques : ici, nous n’avons pas de panneaux solaires, mais une centrale électrique qui fonctionne au pétrole et le pétrole est tout simplement introuvable. Donc, à chaque fois qu’il y a une coupure dans cette zone, tout le travail est paralysé.

Il est important de dire aussi qu’à chaque coupure, nous perdons la connexion internet, même là où nous avons des panneaux solaires.

Les installations d’énergies renouvelables se sont développées ces dernières années à Cuba ? Qui en bénéficie ?

Il y a eu une augmentation exponentielle des sources d’énergie propre. Tous ceux qui ont pu le faire ont installé des panneaux solaires ou importé de grandes batteries EcoFlow ou similaires pour stocker l’énergie solaire ou celle du réseau électrique. Je ne pense pas que cela représente un pourcentage élevé de la population, mais c’est sans doute plus que ce qu’on peut imaginer.

Il y a aussi les mototaxis électriques [tricycles] et voitures de ce type. Certains les ont adaptés aux panneaux solaires pour pouvoir continuer à travailler.

Le manque de carburant empêche aussi les camions poubelles de passer à La Havane. Dans quel état sont les rues de la capitale cubaine ?

Le sujet des déchets à La Havane est douloureux et inquiétant. Il y a peu, nous avons eu une épidémie très dangereuse de chikungunya et de dengue. Nous entrons dans les mois d’été, marqués par les températures les plus élevées de l’année et par de fortes pluies. Je ne veux même pas imaginer le scénario d’une nation sans électricité, sans eau potable, avec des poubelles qui débordent dans les rues et des moustiques qui transmettent des maladies à tout va.

Que Dieu ait pitié de nous. Nous voulons vivre en dignité et réaliser nos rêves sur cette terre qui est la nôtre.

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