mardi, septembre 1

Les jours passent et l’ampleur de la catastrophe se précise à mesure de la lente progression des secours: le bilan de la crue qui a dévasté mercredi le Népal et le Tibet – en Chine – s’est encore alourdi ce lundi 31 août pour s’établir à plus de 950 morts et près de 4.500 disparus.

« Notre pays est confronté à un désastre naturel d’une ampleur inimaginable et déchirant », a dit le Premier ministre népalais Balendra Shah, « mais nous avançons avec détermination pour protéger la vie des citoyens ».

Dans des conditions périlleuses et sous la menace permanente d’une nouvelle montée des eaux, les sauveteurs redoublent d’efforts pour tenter d’arracher d’éventuels survivants à la mer de boue qui a enseveli cette région isolée de l’Himalaya.

Un manque d’effectifs et de moyens

« Les difficultés sont considérables », a résumé leur chef adjoint pour le district sinistré de Nuwakot, le policier E. Hawadi, énumérant routes et les infrastructures détruites, manque d’effectifs et de moyens, notamment aériens.

Dans le district de Chitwan, des militaires débarquant de canots pneumatiques portaient des corps dans des sacs bleus sur la berge, les plaçant en ligne le long d’une route.

La police népalaise a partagé l’histoire du sauvetage miraculeux, vendredi, d’une fillette de 6 ans. « Nous l’avons retrouvée sous les décombres, (…) seule sa tête émergeait », a déclaré un de ses officiers, Bahadur Karki. « Elle est aujourd’hui hors de danger et se remet dans un hôpital entourée de sa famille. »

Malgré leurs efforts, les autorités népalaises ne sont toujours pas parvenues lundi à entrer en contact avec une centaine d’ouvriers qu’elles pensent prisonniers d’un tunnel sur un chantier d’énergie hydraulique de la région sinistrée.

« L’ouverture du tunnel a été localisée, de l’air (y) est injecté (…) et de l’eau évacuée », a écrit l’armée dans son dernier point de situation. Un officier de l’armée indienne a dit à avoir « encore de l’espoir » qu’il y ait des survivants.

Le ministère népalais de l’Intérieur a indiqué que plus de 20.000 hommes étaient mobilisés, et que plus de 3.100 personnes avaient été secourues à ce stade. Selon les derniers bilans officiels encore très provisoires, un total de 955 corps – 939 côté népalais, 16 sur le versant tibétain – ont été exhumés.

Près de 4.500 personnes disparues

Les autorités des deux pays restent également sans nouvelles de près de 4.500 personnes – 3.925 au Népal et 546 en Chine. Parmi elles des centaines d’étrangers, touristes, pèlerins ou ouvriers.

D’autres opérations en cours dans des tunnels de la même vallée, sur le site de centrales hydroélectriques ou de construction de barrages, ont permis de retrouver les corps de trois victimes, selon l’armée.

Plusieurs dizaines de militaires, policiers et guides népalais sont à l’oeuvre jour et nuit sur ces sites difficiles d’accès, assistés de spécialistes venus d’Inde, de Chine et de Corée du Sud.

Hospitalisé dans la capitale népalaise Katmandou, un employé de la centrale hydroélectrique Upper Trishuli, Shibu Giri, 44 ans, a décrit lundi comment il a échappé miraculeusement à la vague qui a tout submergé.

« C’était comme un tsunami, avec un bruit énorme et un énorme nuage de poussière », a-t-il indiqué. « Nous nous sommes enfuis sur les hauteurs (…) on ne voyait plus rien, j’ai vraiment cru que je ne m’en sortirai pas. »

Côté chinois, les secouristes explorent avec les mêmes difficultés le coeur de la zone sinistrée au Tibet, notamment le poste-frontière de Gyirong dont le bâtiment a été entièrement effacé par les eaux.

Experts et scientifiques attribuent la crue dévastatrice de mercredi à l’effondrement d’un énorme glacier, qui a transformé une paisible rivière en un fleuve en furie.

« Le peuple népalais est une des principales victimes du changement climatique et de ses conséquences », a dit le ministre des Affaires étrangères Shisir Khanal.

Côté chinois, certains ont exprimé des doutes sur la véracité du bilan officiel. Dix internautes qui suggéraient qu’il était délibérément minoré ont été punis, a annoncé la police, sans donner de détails.

La présidente de l’ONG Campagne internationale pour le Tibet, Tencho Gyatso, a exigé « une information vérifiée et complète » de la part de Pékin.

Six jours après la catastrophe, les familles de ces disparus continuent de se presser dans les hôpitaux et morgues de tout le Népal en quête d’information sur leurs êtres chers.

C’est notamment le cas à Bharatpur, dans le sud du Népal, où la puissance des flots a déposé quelque 250 cadavres à plus d’une centaine de kilomètres en aval. Dans un bâtiment, les proches sont invités à tenter de les identifier sur des images vidéos.

Un long et difficile travail mené sous la pression du temps. Alors que la morgue de Bharatpur déborde de dépouilles, les autorités ont commencé à en enterrer certaines sans même attendre l’identification, pour des raisons sanitaires. Le Népal a lancé un appel à l’aide pour obtenir « plus d’un millier » de conteneurs frigorifiés pour stocker les cadavres.

Aucune évaluation précise des dommages n’a encore été réalisée mais les dégâts se chiffrent probablement en « milliards de dollars », a déjà avancé le gouvernement du Népal, confronté à sa catastrophe la plus meurtrière depuis le tremblement de terre de 2015.

Article original publié sur BFMTV.com

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