Au lendemain de l’incendie du Constellation à Crans-Montana, où 41 personnes sont mortes, le 1er janvier dernier, le professionnel ayant fourni les meubles du bar a écrit aux autorités pour témoigner. Il indique notamment dans son mail à la police que Jacques Moretti avait refusé d’installer une mousse anti-feu pour son mobilier en 2015 et met en doute le respect des normes incendies au sein de l’établissement.
Pourtant, les éléments apportés par cet homme n’ont, selon nos informations, pas été versés au dossier et il n’a pas été auditionné. Du moins jusqu’au 2 février dernier, lorsque dans une lettre, maître Sébastien Fanti, l’un des avocats des parties civiles, a demandé à la procureure quelques explications.
« Après l’effacement des images de vidéosurveillance, il y a de quoi objectivement s’interroger sur l’attitude de la police municipale. Je vous prie dès lors d’investiguer sans délai à ce sujet », écrit le 2 février dernier maître Sébastien Fanti au ministère public, dans une lettre que BFM a pu consulter, confirmant une information du Figaro.
L’avocat des parties civiles, ne cache pas son désarroi. Dans ce courrier, il fait référence à l’absence, dans le dossier d’enquête, des mails envoyés par celui qui a fourni les meubles du Constellation.
Effectivement, le 3 janvier, la police municipale de Crans-Montana a reçu le mail d’un homme qui se présente comme un « agent d’usine » et qui souhaite rester anonyme. Il y explique avoir été en contact avec le couple Moretti en 2015, lors des travaux du bar. « J’ai fait fabriquer les mobiliers à M. et Mme Moretti, pour l’ouverture de leur établissement », écrit-il.
Selon ce témoin, l’ensemble commandé pour le Constellation par Jacques Moretti est constitué de « fauteuils en cuir véritable de style Chesterfield », de « chaises et tabourets revêtement cuir véritable », de « tables et supports de bar en chêne massé » et d’un « système d’éclairage LED ».
Des « raisons budgétaires »?
Comme à son habitude, le témoin a proposé à son client de garnir le capitonnage du mobilier « d’une protection en mousse anti-feu ». Une proposition déclinée par Jacques Moretti pour « des raisons budgétaires », dit-il dans son mail. Et sans doute aussi parce que le cuir véritable, à l’inverse d’un revêtement moins cher en similicuir est déjà, en soit, anti-feu, indique-t-il auprès de BFMTV.
Le 6 janvier, ce témoin renvoie un mail. Cette fois-ci, il s’adresse directement à une inspectrice de la police cantonale du Valais – la police judiciaire qui mène l’enquête. Il joint à son inventaire et son témoignage, des plans et des photos, prises en 2015, à l’époque où il était chargé de fournir le mobilier. Si l’inspectrice accuse réception de son témoignage, elle ne reviendra jamais vers lui.
Par ailleurs, il écrit se souvenir que « l’accès de la rue se fai[sait] uniquement par un petit escalier étroit », « l’espace ne disposait que d’un système d’aération limité » et que l’issue de secours était « une petite porte donnant sur un espace vide, mais celle-ci ne constitue en aucun cas une sortie de secours conforme aux normes ». Il précise en même temps avoir été « directeur d’exploitation en France pour une chaîne d’hôtels de 1991 à 1995 » et ne pas comprendre « comment l’établissement a pu recevoir un permis d’exploiter ».
Article original publié sur BFMTV.com




