mercredi, janvier 14
Seymour Hersh, dans le documentaire « Cover-Up. Un journaliste face au pouvoir », de Laura Poitras et Mark Obenhaus.

Seymour Hersh n’est pas un bon client. Figure du journalisme d’investigation américain, celui qui a consacré sa vie à révéler les secrets de l’armée américaine et de la CIA, renâcle à entrer dans la lumière. Inflexible sur ses sources : « Je ne donnerai aucun nom. Je n’analyse pas les gens qui me parlent, pas plus que moi-même. » Et suspicieux jusqu’à la paranoïa. Il lui a fallu vingt ans pour accepter la proposition de Laura Poitras, oscarisée en 2015 pour son portrait du lanceur d’alerte Edward Snowden et Lion d’or à Venise en 2022 pour celui de la photographe Nan Goldin. C’est donc avec une agressivité larvée, tentant même de mettre fin à l’exercice, que « Sy » se laisse tirer le portrait par la réalisatrice et son acolyte Mark Obenhaus.

De son travail, ils exposent les grandes affaires qui l’ont fait craindre de Washington. « Un fils de pute, le qualifiait le président Richard Nixon (1913-1994). Mais un fils de pute qui sait ce qu’il dit. » Presque un hommage. Ainsi sont notamment passées en revue : la révélation, fin 1969, du massacre de My Lai durant la guerre du Vietnam ; sa contribution à l’affaire du Watergate mise au jour en 1972 par Carl Bernstein et Bob Woodward (ce dernier produit le film et témoigne) qui fera tomber Nixon ; l’opération « Chaos » de la CIA qui a organisé la surveillance d’au moins 10 000 Américains durant plus de vingt ans ; les tortures de la prison d’Abou Ghraib en Irak en 2003, au sujet desquelles plusieurs sources s’expriment dans ce documentaire sec et palpitant.

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