dimanche, février 22

Avec notre correspondant à Abidjan, Benoît Almeras

Sur le campus de Cocody, penchés sur leurs smartphones, quelques jeunes font défiler les épisodes… Sur l’écran, « L’Anniversaire tourne au cauchemar », l’histoire d’une héritière karatéka revenue se venger de ses frères. La série concentre plusieurs des thématiques-phare des micro-dramas, à savoir la rivalité entre les personnages principaux et la réussite financière, tout en mêlant action, romance et mélodrame.

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Et des séries comme celle-ci, il y en a des centaines sur les plateformes qui les distribuent, des fictions historiques, des histoires à l’eau de rose avec parfois une pincée de fantastique comme dans « Marquée par le roi-loup », soit une héroïne qui tombe enceinte après avoir rencontré un loup-garou, dont la très grande majorité est produite en Chine, notamment à Zhengzhou, la capitale du Henan, devenue en quelques années le « Hollywood » du micro-drama vertical.

Sur la forme, les épisodes mis bout à bout composent des fictions d’à peine quelques dizaines de minutes, au total. Les séries sont doublées en français grâce à l’intelligence artificielle et les noms des personnages sont « localisés », en fonction de la langue de l’audience cible.

Des rebondissements qui s’enchaînent

Autre caractéristique, celle des rebondissements qui s’enchaînent en deux minutes chrono, à chaque fin d’épisode. Amour, doctorant en audiovisuel, adore le suspense des micro-dramas : « J’ai connu par le biais de mon épouse. Je critiquais un peu, je disais qu’elle était toujours sur son téléphone ! J’ai commencé à regarder un épisode puis ça m’a pris. Tu as envie de voir ce qui va se passer ensuite, et ils te retiennent avec beaucoup de dialogues… »

Mais seule une poignée d’épisodes sont librement accessibles. Après quelques minutes, le visionnage se bloque et il faut alors regarder plusieurs publicités ou bien acheter des « pièces », des crédits qui permettent de poursuivre la série. Pour le professeur en cinéma Assié Boni, cela incite à s’abonner : « Entre le premier épisode et le dernier épisode, on va mettre beaucoup de rebondissements et puis on bloque là où le rebondissement est le plus important. Si vous êtes pressés et que vous ne voulez pas de publicités, vous êtes obligés de vous abonner. »

Et ça marche sur le papier : Dramabox, FreeReels, ReelShort, NetShort, StardustTV… Ces plateformes, pour la plupart basées à Singapour ou Hong Kong, font partie du top 20 des applications les plus téléchargées et les plus rentables en Côte d’Ivoire, selon le site spécialisé AppFigures.

Comptez de 40 000 francs CFA et jusqu’à 100 000 francs CFA l’année, pour un abonnement et un visionnage illimité sans coupures publicitaires.

Trop cher pour Chaloura, étudiante en communication : « Je n’ai pas payé l’abonnement parce que je n’ai pas trouvé ça utile, mais c’est super dérangeant aussi. Oui ça nous accroche bien et donc du coup, ne pas pouvoir regarder la suite là maintenant tout de suite, c’est compliqué… » Chaloura préfère ainsi suivre les micro-dramas en version piratée sur TikTok.

Une véritable science du marketing

Ce succès des microdramas asiatiques en Afrique s’explique par plusieurs facteurs, pour Ana Ballo. Cette productrice ivoirienne observe la montée du phénomène, depuis quelques années dans son pays. En plus de thématiques universelles comme la romance, les plateformes de micro-dramas s’appuient sur l’amélioration de la connexion internet 4G, l’adoption des smartphones et surtout une véritable science du marketing.

« Ces séries dramas-courts arrivent au bon moment. L’accessibilité du smartphone fait que c’est devenu un écran à portée, mais elles réussissent à contourner une difficulté à télécharger un épisode de 26 minutes ou d’une heure de temps. Donc, les populations ont besoin d’avoir du contenu et elles ont besoin d’en avoir tous les jours, et les [plateformes] ont réussi à trouver le juste milieu : « je te donne une petite quantité, tu payes peu, mais tous les jours, tu es là, tu consommes » », explique la productrice.

« Le positionnement, le référencement marketing est réussi, je pense, parce qu’il est accessible. Dès que vous scrollez, au bout de deux, trois contenus que vous avez visités sur les réseaux sociaux, ils se positionnent. Le premier épisode, les gens sont bien stylisés ; quelquefois, avec les décors. On vous impressionne par exemple avec une grosse maison, une jeune fille qui sort avec une robe de princesse, etc. Donc, ça vous accroche. Vous vous dites, mais qu’est-ce que c’est ? C’est cette accroche qui fait, aujourd’hui, le succès de ce genre de contenu en Afrique », conclut Ana Bello.

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