jeudi, février 19

  • La première réunion du « Conseil de la paix » du président américain doit se tenir ce jeudi à Washington.
  • Lancée initialement dans le cadre du plan américain pour garantir la paix à Gaza, cette instance est soupçonnée de vouloir se dresser en alternative aux Nations unies.
  • L’organe se félicite déjà d’une trentaine de membres, tandis que l’Europe se divise sur la position à adopter vis-à-vis de cette réunion.

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À Gaza, un fragile cessez-le-feu dans le cadre du plan Trump

Après des semaines de tractations, le rendez-vous doit marquer le coup d’envoi de l’initiative américaine. La réunion inaugurale du « Conseil de la paix » de Donald Trump (nouvelle fenêtre) se tient ce jeudi 19 février à Washington. Une instance imaginée pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, mais sa charte lui assigne un objectif beaucoup plus large, celui de la résolution des conflits armés dans le monde. Qui seront les participants, et quels seront les grands enjeux de ce rendez-vous ? On fait le point. 

Qu’est-ce que le « Conseil de la paix » ?

Donald Trump avait annoncé il y a un mois que son Conseil de la paix pour Gaza, dont il est « président », avait été formé, dans le cadre du plan de la Maison Blanche (nouvelle fenêtre) pour mettre fin à la guerre dans l’enclave. En théorie, cette instance a pour mission de superviser un comité palestinien temporaire et apolitique composé de 15 technocrates. Le chef de la Maison Blanche avait alors indiqué que ce comité transitoire d’experts aura la lourde tâche de « gouverner Gaza pendant sa transition »

Ce « Conseil de la paix » a ensuite été officiellement lancé au Forum économique mondial de Davos le 22 janvier, et le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, avait alors assuré qu’il avait « un pouvoir illimité » (nouvelle fenêtre). Depuis, au moins 19 pays ont signé sa charte fondatrice, un document qui révèle finalement une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question de Gaza, visant plus largement à résoudre des guerres en cours à travers le monde. 

Cette organisation semble ainsi avoir été pensée comme un véritable substitut des Nations unies. Sa charte ne mentionne pas explicitement le territoire palestinien, et son préambule critique implicitement l’ONU, disant vouloir « s’écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué ». Le projet est d’autant plus critiqué que les membres permanents de cette instance doivent verser un milliard de dollars pour y adhérer, laissant craindre qu’elle ne devienne une version « payante » du Conseil de sécurité (nouvelle fenêtre) des Nations unies.  

Comment devrait se dérouler la réunion ?

La réunion inaugurale se tiendra jeudi à l’Institut américain pour la paix, renommé en « Institut américain Donald J. Trump pour la paix », relate l’agence AP News (nouvelle fenêtre). Donald Trump avait d’ailleurs tenté de démanteler cet institut au début de son second mandat, en limogeant la plupart de ses dirigeants. 

Le déroulé précis de la réunion n’a pas été détaillé, mais la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a précisé ce mercredi lors d’une conférence de presse que Donald Trump en présiderait une première partie, avant de partir pour un déplacement en Géorgie, selon Reuters (nouvelle fenêtre). Il y annoncera que les pays membres du Conseil se sont engagés à verser plus de 5 milliards de dollars pour la reconstruction et l’aide humanitaire à Gaza, a-t-elle d’ores et déjà fait savoir, toujours selon l’agence de presse, qui précise que la réunion devrait être entièrement consacrée à l’enclave palestinienne. 

Qui sera présent ?

À ce jour, le « Conseil de la paix » recense sur son compte X (nouvelle fenêtre) 27 États qui ont accepté de le rejoindre, qu’il présente comme des « membres fondateurs ». On y retrouve plusieurs pays de la région, notamment Israël, mais aussi la Turquie, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Égypte. Parmi les autres participants, on compte également l’Argentine, le Paraguay, le Maroc, le Vietnam et l’Indonésie, entre autres. « Il s’agit d’une organisation légitime qui compte des dizaines de pays membres à travers le monde », a assuré Karoline Leavitt.

Du côté des alliés européens de Washington en revanche, l’initiative américaine ne remporte que très peu d’adhésion. Seule la Hongrie avait annoncé la rejoindre (nouvelle fenêtre) : Viktor Orban, soutien assumé de Donald Trump, avait indiqué ces derniers jours qu’il se rendrait à la réunion inaugurale. La Bulgarie avait aussi annoncé son adhésion lors du forum de Davos, mais l’examen de cette décision par son parlement a depuis été repoussé, selon Le Monde (nouvelle fenêtre), qui précise qu’elle enverra tout de même un diplomate, mais de rang inférieur. 

La liste précise des autres membres participants à ce rendez-vous n’a pas été communiquée à ce stade, mais quelques noms sont malgré tout annoncés. Le président argentin Javier Milei a fait savoir qu’il serait présent, tout comme le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar. La venue du Premier ministre albanais Edi Rama, du dirigeant vietnamien To Lam et du président indonésien Prabowo Subianto a aussi été évoquée. Au total, plus de 20 pays seront représentés, a assuré Karoline Leavitt, mais sans les détailler. 

Quelle est la position de la France et de l’Union européenne ?

Si la majorité des pays européens n’ont pas adhéré au projet de cette organisation, la participation ou non à cette réunion reste une question délicate, qui les divise. Des représentants européens ont ainsi indiqué qu’ils se rendraient sur place, mais sans pour autant devenir membres du Conseil. Dubravka Suica, commissaire européenne à la Méditerranée, participera à la session de discussions, mais uniquement pour faire entendre sa voix sur la « partie spécifique consacrée à Gaza », a annoncé un porte-parole de l’UE lundi, soulignant que Bruxelles a toujours « un certain nombre de questions » vis-à-vis de cet organe.

Un choix accueilli très fraîchement par certains pays de l’Union européenne, dont la France, qui a refusé toute adhésion à l’instance (nouvelle fenêtre). Soutenue par l’Espagne, la Belgique ou l’Irlande, Paris a souligné que la Commission européenne n’avait pas reçu de mandat des États européens pour participer à cette réunion et s’est alarmée que ce « Conseil de la paix » puisse concurrencer les Nations unies. 

Le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani, lui, se rendra bien sur place, mais uniquement en qualité d’observateur, pour être présent lors des « décisions concernant la reconstruction de Gaza et l’avenir de la Palestine », a-t-il justifié. Sans pour autant prendre part à aucun « comité d’affaires ». La décision a surpris le Vatican, qui a quant à lui refusé de siéger au « Conseil de la paix ». « Il y a des points qui laissent un peu perplexe », a glissé son secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, notamment en raison du fait que « ce soit surtout l’ONU qui gère ces situations de crise ».

Maëlane LOAËC avec AFP

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