En tout cas, les Européens font comme si c’était le cas. Marco Rubio a été applaudi debout par le public de la conférence, relate notre envoyé spécial à Munich, Julien Chavanne. Alors oui, le chef de la diplomatie américaine a vanté les mérites du Vieux Continent : son histoire, ses grandes figures, de Leonard de Vinci aux Beatles, multiplié les « chers amis » adressés aux Européens, évité de parler des vrais sujets sensibles.
Mais Marco Rubio reste dans la ligne trumpiste : si les Européens veulent être les alliés des Américains, ils doivent suivre la voie tracée par Donald Trump. Il a notamment cité le climat, ou bien la guerre.
Mais qu’importe les conditions, les Européens ont poussé un gros ouf de soulagement, comme Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne : « Le discours du secrétaire d’État m’a beaucoup rassuré. Nous le connaissons bien. C’est un ami proche, un allié précieux. L’écouter s’est révélé très rassurant. »
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Distance polie
Emmanuel Macron a appelé la veille les Européens à relever la tête face aux pressions américaines. Le discours de Marco Rubio a toutefois été reçu avec une distance polie. Si Jean-Noël Barrot salue la tonalité du discours de son homologue, le ministre français des Affaires étrangères n’est pas dupe.
« Est-ce que j’ai l’air d’avoir besoin d’être rassuré ? Est-ce que ça va changer notre stratégie ? Bien sûr que non », clame le ministre. « Car ce que nous entendons aujourd’hui, nous l’avons déjà entendu par le passé, aussi bien sous les administrations démocrates que républicaines : construisez une Europe forte et indépendante ! Eh bien nous construirons une Europe forte et indépendante. »
« Personne n’est naïf »
Pour l’eurodéputée Nathalie Loiseau, également ancienne ministre française des Affaires étrangères, ce qui compte, au-delà des mots, ce sont les actes.
« J’ai rencontré personne qui était soulagé, vraiment personne… Le message était poli. C’est toujours plus agréable qu’un message mal élevé, mais le fond est exactement le même. Ce que nous a dit Marco Rubio, ce n’est pas comme l’avait fait J.D. Vance, avec “devenez comme nous, ou sinon ça va mal se passer”. Là, c’était “devenez comme nous et ça se passera bien”, mais c’est la même chose », déclare-t-elle au micro de Jelena Tomic du service international de RFI.
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Pour l’ancienne ministre, ce n’est pas la main tendue sous condition de Marco Rubio qu’il faut retenir de cette journée, mais plus le discours d’Ursula von der Leyen. « Ce qui m’a marqué dans cette deuxième journée, c’est d’entendre Ursula von der Leyen parler en fait juste après Marco Rubio et parler d’indépendance de l’Europe. C’est-à-dire que le ton n’est pas à l’escalade verbale et c’est très bien. Le ton est à la détermination des Européens avec les États-Unis quand c’est possible, sans eux, quand c’est nécessaire, et c’est ce qu’il faut. »
Nathalie Loiseau souligne également que la relation transatlantique est « durablement empreinte de méfiance et de scepticisme. Pas du fait des Européens, mais parce que le président Trump et son équipe n’aiment l’Europe que quand elle est vassale. Et l’Europe n’a pas l’intention d’être vassale. Elle a besoin de passer à l’âge adulte et elle a envie de passer à l’âge adulte, parce que c’est ce que nos concitoyens nous demandent. »
« Les Européens restent fondamentalement divisés »
« On a vu les vieux thèmes trumpiens recyclés : dénonciation des politiques migratoires, des politiques en matière climatique, de sécurité globale… Il n’y a pas là grand-chose de changé », note également de son côté Bertrand Badie, politiste et expert des relations internationales. « J’ajouterais aussi la même dénonciation du multilatéralisme onusien. Le fait que Marco Rubio ait stigmatisé les Nations unies, c’est tout à fait dans l’orthodoxie trumpienne, mais c’est surtout un décalage important par rapport aux principes européens. »
Selon Bertrand Badie, la journée a toutefois été marquée par l’absence de projet politique européen commun. « Il y a cette incapacité des Européens à profiler un projet politique international commun, parce que les Européens restent fondamentalement divisés dans la vision qu’ils ont de la Russie, dans la vision qu’ils ont de leur rapport aux États-Unis, dans la vision qu’ils ont de leur rapport à la Chine ou dans leur rapport au Sud global. Et dans ces conditions, la défense commune ressemble à une boîte vide », estime l’expert.
« L’Alliance atlantique est passée de mode, mais on préfère ne pas le dire… »
« L’Europe rappelle à qui veut l’entendre que les Nations unies restent le pivot du droit international et du jeu international », souligne Bertrand Badie. « Donc, si on y regarde de plus près, on a l’impression qu’on est dans le soulagement, dans la détente, mais qu’on n’est pas pour autant dans la modification des profils. Le fond des choses, c’est peut-être que l’Alliance atlantique est morte, ou en tous les cas passée de mode, mais qu’on préfère pour 1000 raisons ne pas le dire, ne pas l’afficher comme tel. »
La plupart des dirigeants présents à Munich ont préféré se concentrer sur le positif : Marco Rubio n’a pas joué la confrontation et c’est déjà énorme. Voilà où en est la relation transatlantique, un an après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
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