Le 6 mars, une image satellite publiée par un compte d’enquêteur en sources ouvertes sur X a montré qu’un navire cargo russe, le Sabetta, était en train de charger des dizaines de véhicules militaires dans le port de Baltiysk, dans l’enclave russe de Kaliningrad, dans le nord de la Pologne.
La cargaison du Sabetta était destinée au Mali : elle a emprunté un itinéraire identifié par RFI pour l’acheminement des équipements militaires en provenance de Russie, le port de Conakry en Guinée puis la route entre Conakry et Bamako.
Un navire sous sanctions surveillé de près
Le Sabetta fait en effet partie d’une flotte de navires de transport russes – sous sanctions – mobilisée pour la livraison d’armements aux Forces armées maliennes (Fama) et au contingent présent au Mali de l’Africa Corps, une entité paramilitaire contrôlée directement par l’État russe et qui a remplacé le groupe Wagner d’Evgeny Prigogine.
Une recherche sur le site de l’Office Of Foreign Assets Control (OFAC), l’organisme du gouvernement américain chargé de l’application des sanctions économiques et financières, montre ainsi que le Sabetta est inscrit sur la liste des entités sanctionnées par les États-Unis en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Le Sabetta a quitté le port Baltiysk vers le 22 février, selon le site spécialisé dans l’actualité sécuritaire au Sahel Wamaps , escorté par un navire militaire russe de classe « Ropucha », le Aleksandr Shabalin.
Le cargo et son escorte ont été ensuite surveillés de près pendant leur transit. La Royal Navy a ainsi déclaré le 5 mars avoir « intercepté » les navires russes lors de leur passage dans la Manche. Les mouvements des bâtiments russes ont ainsi fait l’objet d’une surveillance attentive, sans abordage, de la part d’un bateau patrouilleur et d’un hélicoptère britanniques.
Comme l’indique le site de suivi du trafic maritime Vesselfinder, le Sabetta est arrivé dans le port de Conakry le 19 mars. Une image satellite prise le 21 mars, que la rédaction des Observateurs a pu se procurer auprès d’Airbus, montre le navire à quai avec son chargement de véhicules militaires.
Des images de blindés chinois
Selon l’itinéraire révélé par RFI, les convois de matériels en partance du port de Conakry mettent environ 17 heures à parcourir les 995 km de route qui les séparent de Bamako au Mali.
Quels équipements ont été livrés par le Sabetta ? Les premières images de convois de blindés désignés comme venant de Guinée ont d’abord révélé la présence de véhicules chinois, constate Marc Chassillan, expert en systèmes d’armes qui a analysé pour la rédaction des Observateurs ces images.
Dans un article publié le 27 mars, l‘Essor, un quotidien malien, a annoncé qu’un « convoi imposant » de blindés en provenance de Guinée était arrivé dans la capitale du Mali dans la nuit du 24 au 25 mars pour prendre la route ensuite vers Kati, qui abrite une base des Fama. La photographie publiée dans l’article de l’Essor montre des blindés CS/VP14, conçus pour résister aux engins explosifs improvisés, produits par le fabricant chinois Norinco.
Une vidéo publiée le 27 mars montre l’arrivée d’un autre convoi de blindés chinois à Bamako. On y aperçoit notamment un véhicule tout terrain Dongfeng Mengshi, et un véhicule de combat d’infanterie CS/VN9 également fabriqué par Norinco.
Du matériel russe
D’autres vidéos publiées sur Facebook montrent aussi l’arrivée de matériel d’origine russe.
Des blindés chenillés BMP-3 dans une vidéo publiée le 30 mars , des véhicules blindés TIGR et VPK-Oural dans une autre vidéo partagée le 29 mars.
Selon Flore Berger, analyste à la Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC), le Sabetta aurait ainsi possiblement pu livrer au Mali à la fois du matériel militaire chinois et russe :
« Il pourrait s’agir d’un transport potentiel par la Russie de matériel qu’elle s’est préalablement procuré auprès de la Chine. Il est plutôt probable que la Russie se procure certains types de matériel auprès de la Chine, très certainement auprès de Norinco, notamment en ce qui concerne les véhicules militaires. Compte tenu de l’ampleur des cargaisons que la Russie envoie au Mali depuis début 2025, il serait logique que certaines livraisons puissent inclure un mélange de matériels chinois et russe. »
À qui seraient destinées ces livraisons d’armes ? Les véhicules chinois pourraient aussi bien être utilisés par l’armée malienne – qui en a régulièrement acquis ces trois dernières années souligne Marc Chassillan – que par l’Africa Corps « qui a par le passé utilisé des véhicules militaires chinois fournis directement à l’armée malienne par la Chine », note Julia Stanyard, analyste au GI-TOC.
Sur X, Wamaps, estime que les blindés chenillés russes du Sabetta, comme le BMP-3, pourraient servir « à sécuriser Bamako et certaines bases russes de l’Africa Corps ou bien protéger des sites liés aux intérêts russes dans le secteur minier du pays. »




