lundi, mai 11

[Cet article a été publié le 27 décembre 2025, puis republié le 11 mai 2026.]

Il pleut des cordes à Paris, les rues sont grises et désertes. En chemin pour attraper l’Eurostar, dans ce quartier légèrement déprimant de la gare du Nord, je croise des hommes voûtés sur leurs jeux à gratter et des femmes qui sirotent un expresso en fumant une cigarette.

C’est alors qu’apparaissent les lumières floues du Bouillon Chartier, non pas l’original, qui a ouvert en 1896, mais le petit dernier, tout aussi charmant. Étant donné qu’il est 17 heures, la grande salle est à moitié vide et en moins d’une minute, me voilà installé.

Un peu plus tôt dans la journée, j’ai enduré un trajet fatigant depuis la Loire, agrémenté d’une omelette et d’un verre de vin. Je parcours donc la carte sans avoir réellement faim, mais surtout pour éviter d’avoir à me restaurer dans le train.

Les banquettes craquent sous les fesses

Comme dans chaque Chartier, le lieu est bien éclairé, ni morne ni blafard, et agrandi par des miroirs soigneusement disposés. Les nappes de lin rose amidonnées reposent sous une feuille de papier blanc, et les panneaux de bois sombre sont ornés de tiges de cuivre poli qui courent comme les rails d’une voie ferrée. Des affiches des années 1950 décorent les murs couleur moutarde et les banquettes lie-de-vin craquent sous les fesses.

Je m’assois en admirant ce décor, notamment les restes d’un long déjeuner sur une table voisine encombrée d’assiettes vides, de morceaux de pain entamés et de vin évaporé. Elle est délimitée par une chaise habilement placée.

La salle est occupée de manière sporadique par une poignée d’habitants du quartier, peut-être même des habitués : un chauffeur de bus, deux coiffeuses et ce qui ressemble à un groupe de lycéens agités se mêlent à des touristes de passage. Certains, comme moi, sont ici sans but, tandis que d’autres ont à l’évidence été attirés, avertis et intéressés, par la promesse d’une soupe de légumes à un euro seulement. Ceux que ce prix dérisoire choque savent qu’il est justifié : il s’agit simplement du premier prix du menu que je tiens en main, qui garantit par ailleurs une généreuse portion de frites pour 3 euros.

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