Avec notre correspondante à Jérusalem, Alice Froussard
À Mu’arrajat, dans la vallée du Jourdain, juste avant d’arriver à Jéricho, c’est une expulsion silencieuse qui se joue. Soixante-quinze familles vivaient ici dans ces collines arides, tout à l’est de la Cisjordanie occupée. Mais désormais les enclos sont vides, les maisons à l’abandon. Plus une seule communauté bédouine palestinienne ne vit ici, précise Mohammad Kaabneh.
« Je suis parti parce que je craignais pour mes enfants à cause des colons. Je ne suis pas parti par choix. J’ai été déplacé de force. C’est différent quand on est forcé de partir, nous ne l’avons pas choisi », décrit-il.
Harcèlement de colons
Un colon était venu s’installer au-dessus de chez lui. Il criait la nuit, lançait des pierres, traversait les habitations, attaquait les résidents. « Honnêtement, c’était des harcèlements de colons que personne ne pouvait supporter. On ne dormait même plus la nuit. On ne se déplaçait plus librement la journée, sans crainte. On devait monter la garde jour et nuit », poursuit Mohammad.
Dans cette partie de la vallée du Jourdain, la stratégie des colons est simple : un grignotage constant du territoire pour dépeupler la zone des Palestiniens. Ces derniers agissent avec l’appui du gouvernement israélien et de l’armée. Partout, des drapeaux israéliens émergent, des panneaux de signalisation en hébreu.
En quelques mois, « le paysage a été métamorphosé », précise Mohammad. « C’est difficile, quand vous quittez un endroit où vous avez vécu pendant quarante-cinq ans — pas un jour, ni deux ou trois, mais presque toute une vie. Le sentiment de quitter un lieu où vous avez vécu est extrêmement douloureux, surtout lorsque c’est à cause de groupes agissant comme des mafias qui viennent vous déraciner. »
« Mais que pouvons-nous faire ? », soupire-t-il, avant d’ajouter : « Ce sont eux les forts et nous les faibles, ici nous n’avons plus aucun pouvoir ». Pour le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), quelque 3 200 Palestiniens issus de communautés bédouines ont été contraints de quitter leurs maisons depuis octobre 2023.
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