jeudi, janvier 22

Avec notre envoyée spéciale à Silat ad-Dahr, Alice Froussard

Depuis le toit d’une maison en construction, Abu Wael décrit la géographie du village de Silat ad-Dahr : il y a la colonie de Sanur au loin, celle de Homesh derrière, et entre les deux, le tracé de la future route que l’armée israélienne veut imposer. « Elle commencera en haut, là-bas… elle redescendra où on est, à droite, puis fera un virage jusqu’à là-bas », explique-t-il. La route passerait ainsi en plein milieu du village.

Le visage fermé, ce Palestinien d’une cinquantaine d’années pointe du doigt les maisons aux alentours: celle de son frère d’un côté de la future route, celles de deux de ses fils de l’autre. Comme lui, les autres habitants ont vu les plans, avec les parcelles confisquées et les maisons promises à la démolition.

Au-delà des destructions annoncées, les habitants redoutent surtout une rupture de la continuité du village. « Si une route passe par ici, ils nous enferment. Nous serons littéralement assiégés, c’est comme si nous étions en prison. Tout sera bloqué. Ici c’étaient des terres cultivables, du blé, des oliviers, les gens en vivaient. Honnêtement, personne ne sait quoi faire », confie Abu Wael.

Cette question divise aujourd’hui le village : faut-il parler publiquement, tenter toutes les procédures juridiques possibles, ou se taire pour éviter une punition collective ? Certains habitants se disent déjà résignés. « La situation est très claire. Personne n’a réellement la possibilité de faire quoi que ce soit, estime Mohammad al-Hantouli. Maintenant, si une patrouille de l’armée arrive, elle peut expulser les gens et il n’y a pas d’alternative. Mais où veulent-ils qu’on aille ? »

Il évoque les réfugiés du camp de Jénine, récemment déplacés, ainsi que les communautés bédouines expulsées de leurs terres. « Pourquoi ici, dans le village, nous serions une exception ? », s’interroge-t-il.

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