La gauche est plus divisée que jamais à l’approche de 2027 mais il y a quand même quelques sujets qui la rassemblent. Les dividendes versés par les grandes entreprises françaises à leurs actionnaires en font partie, a fortiori lorsqu’ils sont suffisamment conséquents pour hisser la France en seconde position sur le podium mondial.
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Selon le rapport du gestionnaire d’actifs Janus Henderson, qui analyse les données des 1 500 plus grandes capitalisations boursières mondiales, le montant des dividendes versés par les grandes entreprises françaises au cours du deuxième trimestre a été le plus important en Europe, et en deuxième place sur le podium mondial derrière les États-Unis. Les principales sociétés cotées en France ont distribué 70,4 milliards de dollars à leurs actionnaires, soit 61 milliards d’euros. À titre de comparaison, les États-Unis en ont versé l’équivalent de 156 milliards d’euros et la Chine, troisième du classement, 54 milliards.
En France, ce montant a notamment été tiré par le groupe pharmaceutique Sanofi, « avec un dividende par action en hausse de 5,1 % » cette année, « soutenu par les ventes du Dupixent », son médicament dont les ventes ont dépassé les 4 milliards d’euros, selon le rapport. Mais aussi par le versement exceptionnel de Bolloré SE, le groupe contrôlé par la famille du milliardaire réactionnaire, de 4,2 milliards d’euros à ses actionnaires, dont une partie à des sociétés situées dans le giron du groupe.
Roussel appelle « la tonte » à « changer de camp »
Ces chiffres donnent le sourire aux concernés mais ils provoquent l’effet inverse chez une partie de la classe politique. Dans la séquence de préparation du budget 2027, où le gouvernement cherche autant à réduire les dépenses (sur les pensions de retraite par exemple) qu’à augmenter les recettes, plusieurs responsables politiques de gauche ont vu dans ces sommes considérables l’illustration du manque de justice sociale en France.
« C’est pas la crise pour tout le monde. Mais le gouvernement veut faire payer les malades et les retraités », a ainsi réagi le coordinateur national de la France insoumise Manuel Bompard. « La France, championne d’Europe de la rapacité des actionnaires. Mais ce sont les salariés et retraités qu’ils faudraient tondre encore ! Oui il est temps que la tonte change de camp ! », abonde le communiste candidat à la présidentielle Fabien Roussel. « De l’argent, il y en a. Allons le chercher là où il est », estime aussi l’écologiste Sophie Taillé-Polian, porte-parole de François Ruffin pour 2027.
Le socialiste Philippe Brun, lui aussi candidat via la primaire de son camp, a mis en perspective la performance française et les chiffres en berne de l’économie en 2026. « Croissance la plus faible d’Europe à 0,4 %, demande en recul de 0,7 %, chômage en hausse de 0,7 % », énumère-t-il. Sans commenter les montants, l’ancien macroniste Aurélien Rousseau, désormais engagé avec Raphaël Glucksmann, a pointé le fossé entre des dividendes en hausse et les difficultés de pouvoir d’achat rencontrées par la majeure partie de la population. « Ce chiffre est difficile à encaisser et dit à quel point le capitalisme est déconnecté de ce qui se passe, de ce que vivent les citoyens. Cet affichage de la surrémunération du capital par rapport au travail nourrit la colère. C’est irresponsable et odieux », a-t-il réagi sur X.
À huit mois du premier tour, les enjeux économiques et sociaux s’imposent dans les priorités des Français, devant les questions environnementales et identitaires. Selon la vague de septembre de l’enquête électorale menée par Ipsos BVA-CESI pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès, 30 % des sondés font des questions économiques et financières (la réduction du déficit, la croissance, la concurrence étrangère…) une priorité. Juste devant les questions sociales (stagnation du pouvoir d’achat, hausse des inégalités sociales et territoriales, manque de mobilité sociale…) jugées prioritaires par 29 % des personnes interrogées.
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