- L’été 2026 record met à rude épreuve une ressource pourtant capitale en France : l’eau.
- Face aux débits extrêmement bas dans les cours d’eau et à des sols historiquement secs, le pays pourrait-il manquer d’eau ?
- TF1info s’est penché sur la question.
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S’adapter ou risquer de manquer. Alors que la France fait face à une sécheresse historique, la question de l’eau s’est imposée comme critique en cet été 2026 hors norme, mais appelé à devenir de plus en plus fréquent dans le contexte du changement climatique.
Les chiffres sont éloquents : 70% du territoire métropolitain fait l’objet de mesures de restriction des usages de l’eau, 40.000 personnes sont privées d’eau potable, le mois de juillet a enregistré un déficit de pluie de près de 70% et 63% des nappes phréatiques affichaient, au 1ᵉʳ août, des niveaux sous les normales.
De quoi inquiéter les pouvoirs publics face à une ressource de moins en moins disponible dans l’Hexagone. Car, on estime que sur la dernière décennie, la France a perdu 14% de son eau, une perte « essentiellement due à la hausse de l’évaporation »
, pointe l’hydrologue à l’Institut de recherche et de développement (IRD) Yves Tramblay, puisqu’aucun modèle, pour l’heure, n’a détecté de tendance robuste sur une diminution ou une hausse du régime des pluies.
En clair : la ressource en eau se raréfie parce qu’il fait de plus en plus chaud. Selon un rapport publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (nouvelle fenêtre) (OCDE) en juin 2025, l’Hexagone est particulièrement touché par le phénomène : sur les 40 dernières années, plus de 60% de ses terres se sont asséchées.
Mot d’ordre : anticiper
« Ce qu’il se passe est compatible avec ce qui a été pronostiqué par les climatologues depuis des années. Dans le contexte du
changement climatique
(nouvelle fenêtre), il faut s’attendre à des années de plus en plus comparables à cet été 2026 et certaines pourraient même être encore plus exceptionnelles pour la ressource en eau »,
avance Éric Gaume, hydrologue à l’université Gustave Eiffel.
Pour Florence Habets, directrice de recherche au CNRS, « cette année est une année d’alerte. On ne peut pas exclure des sécheresses longues qui pourraient amener des difficultés pour l’eau potable, même à l’échelle de la France métropolitaine »,
la docteure en hydroclimatologie évoquant des épisodes sur plusieurs années qui viendraient exercer une pression impossible sur la ressource. Un scénario du pire « pas complètement improbable »
dans le contexte du changement climatique et avec une hausse moyenne mondiale à plus de 2°C, selon la spécialiste. La France a d’ailleurs, localement, déjà connu des sécheresses pluriannuelles : les Pyrénées-Orientales ont été frappées de 2022 à 2025 (nouvelle fenêtre).
Dans une note publiée en juin 2025 (nouvelle fenêtre), le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan avait d’ailleurs alerté qu’à horizon 2050, « les écosystèmes pourraient subir des situations de stress chronique plusieurs années consécutives sur tout le territoire hexagonal et plus particulièrement dans le Sud-Ouest et le Sud-Est de la France ».
Selon le document, « à l’horizon 2050 pour une année marquée par un printemps-été sec, sans inflexion des tendances actuelles, (…) 88% du territoire hexagonal serait en situation de tension modérée ou sévère en été ».
À titre de comparaison, sur l’année 2022, année de référence jusqu’à présent concernant la sécheresse (nouvelle fenêtre), les mesures de restriction effectives des usages de l’eau via des arrêtés sécheresse s’appliquaient, début septembre, à 86% du territoire hexagonal.
Mais « il faut relativiser »
, tempère Yves Tramblay, qui estime qu’un manque d’eau potable à grande échelle reste peu probable. « Nous n’avons pas de coupures généralisées et si les tensions localisées seront vraisemblablement de plus en plus fréquentes dans certaines régions, on pourra les limiter en développant les réseaux ou des systèmes pour préserver la ressource »,
pointe l’hydrologue à l’IRD.
Un constat partagé par Éric Gaume. « On pourrait avoir des manques d’eau potable de façon temporaire, mais cette consommation ne représente pas l’usage le plus important de l’eau en France »,
assure-t-il. « On sait que l’on a un certain nombre de micro-territoires qui sont confrontés à des ressources insuffisamment abondantes, mais c’est davantage une question d’adaptation que de risque de pénurie à l’échelle nationale »,
souligne l’expert.
L’agriculture sous pression
Concernant le manque d’eau, ce sont en réalité l’agriculture et la production d’énergie, notamment via les centrales nucléaires, qui sont le plus à risque. Cette année a particulièrement montré les difficultés engendrées pour ces secteurs : le principal syndicat agricole a ainsi estimé que l’impact de la sécheresse et de la canicule pour l’agriculture nécessiterait des « milliards »
d’euros d’aides tandis que le parc nucléaire d’EDF a connu, cet été, un pic d’indisponibilité « environnementale »
record.
Des problématiques auxquelles il va falloir trouver des solutions pour éviter « des conflits d’usages de plus en plus importants »,
alerte Yves Tramblay, qui appelle à réfléchir plus loin que la (délicate) question du stockage de l’eau. « Fonder une stratégie uniquement sur le remplissage hivernal suppose, chaque hiver, des volumes prélevables suffisants »
, souligne l’hydrologue, mais « dans un contexte de changement climatique, les sécheresses estivales deviennent à la fois plus intenses et plus longues. Leurs effets pourront persister bien au-delà de l’été, jusque pendant la saison hivernale »
, prévient-il.
Et sur cette question, la France bénéficie d’un exemple clair : en Espagne, les sécheresses répétitives qui ont frappé le pays en 2023 et 2024 ont rendu le remplissage de ses réservoirs de stockage impossible, entraînant de sévères restrictions d’eau. « Le stockage est l’un des leviers sur lesquels on peut jouer, mais cela ne permettra jamais de sécuriser à 100% nos apports »,
assène Éric Gaume, qui évoque la possibilité d’usines de dessalement « même si ce n’est pas la solution idéale »
ou « l’interconnexion des réseaux de distribution d’eau »
entre les communes.
Comprendre l’été 2026…
Autant de solutions à mettre en place en tirant les leçons de cet été 2026 qu’il faudra aussi… comprendre. Car cette année fait face à une donnée qualifiée de « surprenante »
par l’hydrologue à l’université Gustave Eiffel : la sécheresse des sols atteint un « niveau jamais observé à cette échelle »
, selon le bulletin du 18 août de Météo-France (nouvelle fenêtre), les débits des cours d’eau au plus bas alors que les nappes phréatiques, elles, restent au-dessus des records de 2022, même si leur état se « dégrade de mois en mois »
, selon le BRGM (nouvelle fenêtre).
En cause, notamment, un mécanisme particulier : la sécheresse éclair, responsable de la situation des sols cette année. Un phénomène qui pourrait augmenter de 20% à horizon 2100, selon l’OCDE.
« Avant, la plupart du temps pour une sécheresse, on retrouvait un manque de pluie sur un temps long qui entraînait ensuite une baisse dans les cours d’eau et de l’humidité des sols. Cette année, elle est due à une très forte hausse des températures et une perte rapide de l’humidité des sols après un hiver pourtant très pluvieux »
, note Yves Tramblay.
« On peut programmer, planifier l’usage de l’eau sur les territoires, via notamment les
Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) qui sont en cours de réalisation
(nouvelle fenêtre), mais ils vont sans doute devoir être révisés très rapidement parce que cet été a quand même surpris les hydrologues »
, reconnaît Éric Gaume. « Il va nous falloir un peu de temps pour comprendre ce qu’il s’est passé, notamment sur la déconnexion, localement, entre le niveau des eaux souterraines à des niveaux moyens ou légèrement inférieurs aux normales et les niveaux très faibles et exceptionnellement bas en surface. »
L’hydrologue prend en exemple le paradoxe de la Seine (nouvelle fenêtre) : la nappe de la Craie affiche un niveau inférieur à la moyenne mais pas record alors que le débit du fleuve, pourtant alimenté par le réservoir, est quant à lui qualifié « d’exceptionnellement bas »
. « Je pense que le comportement, la réponse hydrologique des territoires face au forçage climatique est un élément qu’il faudra étudier de près pour être prêts pour l’avenir »,
avance Éric Gaume.
…et ses répercussions pour l’avenir
Sur ces questions, la suite de l’année sera aussi cruciale : « Les sols sont tellement secs qu’il va falloir beaucoup d’eau pour rétablir la situation, l’équivalent, dans certaines régions, de la moitié des précipitations annuelles »
, met en garde
Florence Habets.
« Les pluies qui vont tomber ces prochaines semaines vont permettre à la végétation de revivre, mais elle va de nouveau évapotranspirer. Donc si les précipitations sont faibles, les sols vont de nouveau s’assécher. S’il pleut trois semaines en septembre, là c’est gagné. Mais s’il ne pleut qu’un peu par-ci, par-là, jusqu’en décembre, les niveaux auront du mal à remonter de façon significative »,
détaille encore l’hydrologue, inquiète. « Si on n’a pas une bonne recharge durant l’hiver, la situation pourrait être encore plus défavorable à l’été 2027 ».



