samedi, août 22

  • Les terrains de plusieurs clubs de football, dont ceux du PSG et du TFC, ont été endommagés par les vagues de chaleur à répétition avant la reprise de la Ligue 1.
  • Pour se prémunir des maladies affectant le gazon, chercheurs et jardiniers tentent de trouver des solutions face à ces aléas plus difficiles à anticiper.
  • Décryptage.

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Les canicules mettent les pelouses de football à rude épreuve. Y compris celle du PSG, plus gros budget du championnat. En raison d’un gazon trop abîmé, le double champion d’Europe a renoncé à accueillir Rennes au Parc des Princes ce dimanche dans le cadre de la première journée de Ligue 1. « Le dernier épisode caniculaire, qui fait suite aux vagues de chaleur successives et exceptionnelles ayant touché la région parisienne cet été, a fortement accéléré la dégradation de la pelouse du Parc des Princes, aujourd’hui particulièrement endommagée », a notamment expliqué mercredi soir le club de la capitale.

L’état actuel du gazon de l’enceinte de la Porte d’Auteuil « ne permet(tant) pas d’assurer la sécurité des joueurs », la Ligue professionnelle de football (LFP) a donc décidé d’inverser la rencontre. Le PSG, qui n’a pas donné davantage de détails sur l’origine de cette dégradation sur une pelouse qui venait juste d’être semée, a en tout cas assuré « avoir identifié une solution de remplacement » pour les prochaines rencontres.

À 600 kilomètres plus au sud, les Toulousains évolueront aussi sur un nouvel écrin de verdure samedi soir contre Lyon. Le tapis vert du Stadium a en effet été changé en « urgence » cette semaine à cause des « récents épisodes caniculaires exceptionnels ». « Les températures extrêmes ont considérablement fragilisé les gazons et favorisé le développement de maladies estivales », affirme la Métropole, en charge du stade, dans une déclaration transmise à TF1info. Pour un coût non négligeable : 600.000 euros.

Même avec beaucoup de moyens, il est toujours compliqué de gérer tous les aléas

Olivier Courot, directeur scientifique d’IAGE France, à TF1info

Fin juin, au moment de la deuxième canicule de l’été, la LFP s’est associée avec le laboratoire IAGE, qui collabore avec 18 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. « Les épisodes de chaleur sont clairement favorables au développement de pathogènes », confirme à TF1info Olivier Courot, directeur scientifique d’IAGE France. « C’est notamment le cas de la pyriculariose, arrivée massivement en France depuis quelques années, et pour laquelle il y a très peu de solutions de lutte. »

Si cette maladie, qui se développe désormais dans toute la France sur un terrain arrosé en phase de sécheresse, n’est pas la seule à affecter les pelouses, « c’est sans doute celle la plus agressive, la plus virulente et la plus difficile à gérer quand elle n’est pas détectée », ajoute le scientifique. « Même avec beaucoup de moyens, il est toujours compliqué de gérer tous les aléas », commente-t-il quant à la situation actuelle du PSG.

Le rôle du laboratoire basé à Montpellier, dont la pelouse de la Mosson voisine a été ravagée par ce fléau en 2022, est donc de faire un diagnostic pour limiter l’expression du pathogène, qui peut arriver par « plein de portes d’entrée », dont les semences, explique Olivier Courot. « Si on ne repère pas la première infection, le risque est que le champignon se redissémine et c’est très compliqué de se débarrasser de la pyriculariose », avertit le microbiologiste, chargé d’identifier des pistes de lutte à fournir aux gestionnaires de pelouse.

Anticipation

Si changer la partie superficielle du gazon s’impose à un certain niveau, malgré les « coûts énormes » en jeu, cela peut parfois ne pas suffire « si la pyriculariose s’est installée en profondeur grâce à des conditions météorologiques favorables », souligne le directeur scientifique IAGE France, également impliqué vers une réduction de l’usage de produits phytosanitaires. « C’est une prise de risque que l’on essaye de sécuriser et un travail de long terme inévitable » avec le réchauffement climatique et « des pics de chaleur un peu moins prévisibles qu’avant », prévient Olivier Courot. « Cela implique de passer à de nouvelles méthodes » selon ce scientifique, tout en rendant le métier de « ground manager », ou « responsable pelouse » en bon français, « de plus en plus compliqué ».

« C’est sûr que les changements climatiques nous font réfléchir plus intensément sur les décisions à prendre en amont de ces périodes estivales critiques qui sont importantes maintenant un peu partout en France », répond à TF1info Jérémie Malé, en charge de la supervision du gazon de l’Allianz Riviera, stade résident de l’OGC Nice. Proches de la relégation en deuxième division la saison dernière, les Aiglons peuvent en tout cas se targuer d’avoir remporté le championnat des pelouses BKT de Ligue 1 McDonald’s. « Ça n’a pas toujours été le cas », nuance humblement Patrick Florence, directeur général de Nice Eco Stadium (NES), la société qui exploite l’enceinte appartenant à la ville.

L’Allianz Riviera a été inaugurée le 22 septembre 2013 lors du match de Ligue 1 opposant Nice à Valenciennes. – VALERY HACHE / AFP

À l’été 2024, le tapis vert du club azuréen est ravagé par la pyriculariose et doit être remplacée en urgence dès la deuxième journée du championnat. L’exploitant décide alors de transformer « l’intégralité du terrain de jeu » à l’intersaison suivante, avec notamment la pose d’un support sableux en deux couches et d’une pelouse hybride (mêlant fibres synthétiques et gazon naturel). Un investissement qui a aussi un coût : 1,2 million d’euros, entièrement financé par NES.

Le football est de plus en plus demandeur d’une pelouse de qualité premium, mais on reste sur du vivant à gérer

Patrick Florence, responsable pelouse de l’Allianz Riviera, à TF1info

Comme pour d’autres stades de Ligue 1 (à Lyon, Marseille, Lille entre autres), la pelouse niçoise a été retirée tout l’été pour permettre la tenue de concerts à l’Allianz Riviera et changée il y a deux semaines. « On a réduit la fenêtre de risque d’attraper des maladies et c’est une obligation avec ce modèle économique », justifie Patrick Florence auprès de TF1info. Et le nouveau rectangle vert se porte « bien pour l’instant ».

L’exploitant espère proposer une pelouse aussi bonne que la saison dernière, malgré les aléas. « Le football est de plus en plus demandeur d’une qualité premium. Le nombre de matchs augmente, il peut aussi y avoir des activités événementielles, mais on reste sur du vivant à gérer… On est donc soumis aux aléas et on fait notre maximum pour que les changements de pelouse se passent du mieux possible tous les ans », développe Jérémie Malé, du prestataire iTurf Management, qui bichonne le tapis végétal de l’OGC Nice.

La pelouse un vrai enjeu d’image pour le club et pour le stade

Patrick Florence, directeur général de Nice Eco Stadium, à TF1info

Les jardiniers utilisent par ailleurs des technologies agronomiques pour surveiller et connaître à l’instant T l’hydrométrie et l’évapotranspiration du terrain, et adapter au mieux l’arrosage. Comme l’an dernier, le prestataire va aussi changer de graminées au fil de la saison. « Avant que la graminée estivale ne jaunisse à l’automne, on va sursemer une graminée hivernale pour assurer une transition le temps que cette dernière, prévue pour d’autres conditions météorologiques, germe », explique encore Patrick Florence. Face aux aléas climatiques et aux maladies apparues ces dernières années, la surveillance des terrains est renforcée, tout comme la gestion de l’humidité, de l’eau et de l’aération.

« La pelouse est un élément très sensible », résume Patrick Florence, car c’est « un vrai enjeu d’image pour le club et pour le stade ».  « Il y a aussi un véritable enjeu économique et un enjeu de jouabilité », ajoute le directeur général de NES, qui n’a d’ailleurs pas voulu donner de chiffre concernant le coût de l’entretien du tapis végétal de l’OGC Nice. « La pelouse est un poste de dépenses qui n’est pas négligeable dans le compte d’exploitation de Nice Eco Stadium », a-t-il tout de même admis.

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