- C’est un butin qui attise la convoitise des petits délinquants : les livreurs de colis sont devenus une cible régulière.
- Les gros transporteurs, eux non plus, ne sont pas à l’abri.
- Selon la principale association professionnelle du secteur, 180.000 euros de fret disparaissent chaque jour en Europe.
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Le 20H
C’est une mésaventure dont ce livreur se serait bien passé. En arrivant dans une impasse près de Toulouse (Haute-Garonne), son camion est percuté volontairement par un véhicule. Immobilisé et menacé par trois malfaiteurs, en moins de 10 minutes, sa cargaison est intégralement volée. Le butin des braqueurs, 32 colis finalement sans grande valeur : des croquettes, des couches, des collants. Ils viennent d’être condamnés à deux ans de prison pour vol en réunion. « Il y a une sorte de facilité à aller voler ces livreurs qui sont seuls dans leur camion, qui ne résistent pas puisque ce n’est pas leur marchandise. C’est plus facile de voler un livreur que de voler un fourgon blindé ou autre. C’est pour ça que ça risque de se répéter »,
assure Me Pierre Alfort, avocat au barreau de Toulouse.
1,5 milliard de colis livrés en France chaque année
Chaque année, 1,5 milliard de colis sont livrés en France, pour la plupart par des chauffeurs travaillant pour des sous-traitants et soumis à de fortes cadences. Yannick est l’un d’eux. Le temps de distribuer un ou plusieurs colis, son camion reste sans surveillance. Il y a cinq mois, il s’est fait piéger par un client soi-disant au 13ᵉ étage d’un immeuble. « Quand tu descends du 13ᵉ étage pour le rez-de-chaussée, eux ils appuient à tous les étages pour que ça s’arrête. Le temps de redescendre, ils ont volé plus de six colis »
, raconte-t-il au micro de TF1. Selon les livreurs interrogés, la plupart des vols ont lieu quand ils oublient de verrouiller leur camion avant de déposer un colis.
Outre ces vols dits d’opportunité, pour être sûr de dérober des objets de valeur, les réseaux liés au banditisme sont capables d’opérations plus sophistiquées contre des transporteurs. « Les articles, quand ils sont dans les entrepôts, sont relativement bien surveillés. Quand ils arrivent en boutique, ils sont aussi relativement bien surveillés. Et donc, en fait, toute la question et tout l’enjeu, c’est de les dérober pendant le transport. C’est là où il y a une vulnérabilité dans la chaîne logistique »,
explique Guillaume Farde, consultant police-justice à TF1/LCI.
Ce sont des équipes très bien organisées qui surveillent nos semis, nos remorques, dès le chargement.
Ce sont des équipes très bien organisées qui surveillent nos semis, nos remorques, dès le chargement.
Belisario Rodriguez, directeur de la performance chez AS Transports JLF
C’est le cas de l’entreprise AS Transports JLF, située dans le nord de la France. Une vingtaine de caméras surveillent son entrepôt. Mais comme le montre l’un de ses dirigeants, de retour de livraison, ses camions portent souvent des marques de convoitise. « Ces petites coupures sur des bâches, c’est pour que les malfrats puissent ouvrir et regarder à l’intérieur la marchandise »
, avance Belisario Rodriguez, directeur de la performance.
Il y a trois semaines, un des chauffeurs s’est fait subtiliser des appareils électroménagers sur une aire de repos. « Ça s’est passé dans la nuit à une heure du matin. Pourtant, c’était un parking sécurisé. Sur les 18 palettes, on a eu cinq palettes qui ont été enlevées. Sur ce cas précis, ce sont des équipes très bien organisées qui surveillent nos semis, nos remorques, dès le chargement. Donc si on charge dans des entreprises dites sensibles, ils suivent le véhicule »
, pointe ce dirigeant.
Une affaire plus grave encore concerne un autre chauffeur de l’entreprise. Il est resté endormi plus de 20 heures d’affilée sur un parking, drogué par des voleurs. La justice enquête. « Ils ont rentré un tuyau dans les trappes d’aération pour lui lancer un gaz, d’où le sommeil profond. Et ils nous ont sorti exactement 18 palettes »,
témoigne Joachim Damani, directeur d’exploitation. Selon la principale association professionnelle du secteur, chaque jour en Europe, 180.000 euros de fret disparaissent, soit environ 65 millions d’euros chaque année.




