- En France, de nombreux garages n’hésitent pas à employer des travailleurs sans-papiers.
- À Marseille en novembre dernier, 1,6 million d’euros en liquide a été saisi dans un de ces établissements.
- Si le travail dissimulé est passible de cinq ans d’emprisonnement, il peut également mettre la sécurité des automobilistes en danger.
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Le 20H
En France, l’emploi illégal de sans-papiers est un phénomène qui prend de l’ampleur. De nombreux garages n’hésitent pas à exploiter cette main-d’œuvre bon marché et non qualifiée. À l’image de cet établissement à Marseille, fermé après un contrôle de police inopiné, comme on peut le voir dans le reportage en tête d’article. Deux mécaniciens d’origine algérienne sont appréhendés par les forces de l’ordre. Le premier n’a pas de papiers tandis que le second a un titre de séjour portugais qui ne lui permet pas de travailler en France. Quant au gérant du garage, il dit ne pas connaître les employés…
« Le fait de faire travailler
de manière dissimulée
cette main-d’œuvre bon marché vise à sortir des chemins battus de la fiscalité classique en matière de cotisation sociale et d’impôt sur le revenu »
, explique Gilles Khatchadourian, chef de l’antenne de l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (OLTIM) à Marseille.
Ça nous est arrivé de voir des plaquettes montées à l’envers sur des voitures.
Ça nous est arrivé de voir des plaquettes montées à l’envers sur des voitures.
Fred Garrone, garagiste
En novembre dernier, une enquête sur un garage employant des sans-papiers a permis de saisir 1,6 million d’euros en liquide. Des sommes astronomiques, réunies par des garagistes sans scrupules qui exploitent le travail d’étrangers en difficulté. À l’image d’Ahmed qui affirme que son employeur ne lui a jamais payé son salaire. « Il me devait 1.800 € et parfois il me donnait 200 ou 300 €. Mais il me doit encore 500 €. Quand je l’appelle, il me menace en disant qu’il vient des quartiers Nord »
, explique en caméra cachée cet Algérien qui travaille illégalement et sans aucun diplôme pour exercer en France.
Cette main-d’œuvre non qualifiée, c’est la hantise de Fred Garrone, chef d’atelier au garage Blackwood à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône. Tous les jours, il constate des malfaçons. Pour lui, c’est de la concurrence déloyale et surtout un risque pour les clients. « Ça nous est arrivé de voir sur des plaquettes montées à l’envers sur des voitures »
, déplore ce professionnel.
Avocate en droit du travail à Marseille, Anne-Sophie Delavaud gère des dizaines d’affaires d’emploi illégal et de travail dissimulé, un délit passible de cinq ans d’emprisonnement. Mais pas seulement. « Les salariés ont la capacité, même clandestins, de pouvoir solliciter du conseil de Prud’hommes, des dommages et intérêts qui leur donnent droit à six mois de salaire »
, explique-t-elle.
Si un garagiste ne trouve pas d’employés en règle pour travailler sur le territoire français, il peut également faire une demande à la préfecture pour régulariser un sans-papiers.




