Quatre poupées en silicone sont installées dans des berceaux, dans la chambre d’amis d’une maison située en Auvergne-Rhône-Alpes. Agathe, 49 centimètres, dort dans un couffin. Deux autres poupées hyper réalistes au regard figé, de la taille d’un bébé de 2 mois, sont entreposées à côté d’elle : Victoire, cheveux blonds et mine boudeuse ; Aimée, sans cheveux, habillée d’une grenouillère rose. « Celle que tout le monde aime, qui fait craquer la planète par sa bouille de bébé parfaite. Je l’ai voulue chauve, ça me permet d’utiliser des bonnets à gogo. »
Patricia (qui ne souhaite pas donner son nom), 64 ans, aide-soignante, est la propriétaire de cette petite nurserie. Collectionneuse, elle a acquis son premier bébé reborn en 2004 pour 4 500 euros. Apparues dans les années 1990 aux Etats-Unis dans l’industrie cinématographique, ces poupées au réalisme troublant ont commencé à se faire connaître en France dans les années 2010, à travers un artisanat haut de gamme alimentant un marché de collectionneurs essentiellement féminin.
« Des communautés de collectionneuses se sont formées sur Facebook il y a une dizaine d’années », raconte Nathalie Moiselet, sculptrice de bébés reborn dans l’Aisne. Puis des vidéos sont apparues sur TikTok et Instagram quelques années plus tard, en dehors de ces cercles d’amateurs, confrontant le spectacle de ces nourrissons factices au regard d’un public novice. Des vlogs plus ou moins ironiques de « mamans reborn », promenant leur poupée dans la rue, et les vidéos de Thérèse Dune, une actrice porno se faisant passer pour une directrice de crèche pour bébés reborn, ont accrédité l’idée que ces drôles de poupées auraient envahi l’espace public. Et que les propriétaires de « reborn » verraient dans ces objets inanimés de véritables êtres vivants. Patricia s’en défend vivement. « Je ne considère pas mes bébés reborn comme de vrais enfants. J’en ai déjà quatre, et je suis grand-mère ! Pour moi, c’est un divertissement comme un autre. »
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