Quatre ans après l’arrivée historique de la gauche au pouvoir avec Gustavo Petro, la Colombie s’apprête à vivre une présidentielle décisive. Le premier tour du scrutin, le 31 mai, va se dérouler dans un contexte de recrudescence des violences, alors que s’est intensifié la lutte entre groupes armés, s’affrontant notamment pour le contrôle du trafic de cocaïne.
Dans cette campagne sous haute tension, trois favoris dominent le débat public : Ivan Cepeda, le dauphin politique de Gustavo Petro et défenseur du processus de paix ; Abelardo de la Espriella, avocat millionnaire d’extrême droite au discours sécuritaire radical ; et Paloma Valencia, incarnation du retour en force de la doctrine conservatrice de l’ancien président Alvaro Uribe.
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Ivan Cepeda, l’héritier politique de Gustavo Petro
Le candidat à la présidence colombienne Ivan Cepeda s’exprime lors d’une conférence de presse à Bogota, en Colombie, le 21 mai 2026.
Favori du scrutin et dauphin désigné du président sortant Gustavo Petro, Ivan Cepeda est le fils d’un sénateur communiste assassiné dans les rues de Bogota par un groupe paramilitaire en 1994. Ayant grandi dans une Colombie où les dirigeants de gauche étaient régulièrement pris pour cible, il a été contraint à l’exil à plusieurs reprises durant sa jeunesse, notamment à Cuba, en Bulgarie puis en France – où il étudie le droit international humanitaire.
De retour en Colombie, ce philosophe de formation devient l’une des principales voix de la défense des droits humains. Porte-parole du Mouvement des victimes de crimes d’État (MOVICE), organisation qu’il fonde en 2003, il joue également un rôle majeur dans les négociations ayant conduit à l’accord de paix signé en 2016 avec la guérilla des Farc.
« J’ai survécu au génocide, à la stigmatisation et à une persécution implacable. Et je suis toujours là, debout », lance-t-il pendant la campagne. À rebours du disruptif Gustavo Petro, Ivan Cepeda cultive une image réservée et intellectuelle. Peu adepte des réseaux sociaux, souvent moqué par ses adversaires pour lire ses discours sur papier et pour son absence d’emphase oratoire, ce candidat âge de 63 ans a privilégié une campagne de terrain, menée à bas bruit aux côtés de sa colistière Aida Quilcué, sénatrice autochtone et figure de la défense des peuples indigènes.
Ivan Cepeda, candidat de gauche à la présidence colombienne, s’adresse à ses partisans lors d’un meeting électoral à Bogota, en Colombie, le 22 mai 2026, aux côtés de sa colistière, la sénatrice Aida Quilcué, dirigeante indigène du peuple Nasa.
Réchappé d’un cancer, sénateur depuis 2014, Ivan Cepeda reste aussi l’un des adversaires les plus résolus de l’ancien président Alvaro Uribe, figure tutélaire de la droite dure qu’il accuse de liens avec le paramilitarisme. Les détracteurs d’Ivan Cepeda le présentent comme un « héritier des Farc » et idéologue de la politique de paix menée sous Gustavo Petro. Lui revendique au contraire un projet centré sur la justice sociale et la poursuite des réformes engagées depuis 2022.
Pendant sa campagne, il a averti qu’un retour de la droite au pouvoir menacerait, selon lui, les acquis sociaux récents, notamment la hausse historique du salaire minimum. Il accuse ses rivaux d’incarner « la continuité du modèle néolibéral » qui aurait longtemps bénéficié à « une petite élite improductive et sans scrupules ».
Admirateur revendiqué de Gandhi, Ivan Cepeda promet de poursuivre les négociations avec les groupes armés encore actifs afin de tenter de mettre un terme à plus de soixante ans de conflit interne, alimenté par le narcotrafic et les violences des guérillas, des cartels et des groupes paramilitaires.
Abelardo de la Espriella, l’avocat d’extrême droite
L’avocat colombien et candidat à la présidence Abelardo de la Espriella lors d’un meeting électoral à Bogota, en Colombie, le 7 mai 2026.
À 47 ans, Abelardo de la Espriella s’est imposé comme la figure la plus radicale de cette présidentielle colombienne. Avocat et hommes d’affaires millionnaire, sans expérience politique, il revendique un statut d' »outsider » n’appartenant pas à « la caste politique » et affirme être entré dans l’arène électorale pour empêcher, selon ses mots, que la Colombie soit « détruite » par la gauche.
Surnommé « Le tigre », le candidat cultive une image inspirée des nouvelles figures de la droite populiste latino-américaine. Admirateur revendiqué du président salvadorien Nayib Bukele, du président argentin Javier Milei et de Donald Trump, il assume une ligne ultraconservatrice et sécuritaire. La presse colombienne le compare régulièrement au président salvadorien, notamment en raison de ses propositions de méga-prisons « à 10 étages sous terre » où les détenus seraient, selon lui, nourris « de pain et d’eau ».
Dans un pays profondément marqué par le catholicisme, Abelardo de la Espriella, qui se considérait athée, affirme désormais vivre « selon les principes judéo-chrétiens ». Avant de se lancer en politique, ce binational colombien et américain menait une vie de businessman entre la Colombie et Florence, en Italie, où il investissait dans le vin et le rhum, voyageant fréquemment en jet privé. « J’ai l’habitude de réussir », a-t-il assuré sur l’antenne espagnole de France 24, casquette « Abelardo presidente » vissée sur la tête.
Sa campagne repose sur un discours de fermeté face à l’insécurité et au narcotrafic, dans un pays qui demeure le premier producteur mondial de cocaïne. Abelardo de la Espriella propose une alliance militaire avec les États-Unis et Israël et promet des mesures spectaculaires contre les cartels. Il s’est notamment engagé à abattre « tout avion chargé de drogue qui sortira de Colombie » et à « couler toutes les embarcations » de narcotrafiquants le long des côtes caraïbe et pacifique. Il souhaite également reprendre les fumigations aériennes des cultures de coca et bombarder les camps des groupes criminels.
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Sur les questions d’ordre public, Abelardo de la Espriella défend une ligne tout aussi répressive. En cas de mouvements contestataires, il affirme vouloir autoriser les forces de l’ordre à tirer pour tuer si elles sont attaquées : « Quiconque s’en prendra à la population et aux forces de l’ordre, je le réprimerai d’une main de fer », martèle-t-il.
Le candidat est aussi connu pour ses provocations répétées et son style outrancier. Pendant la campagne, il a multiplié les déclarations misogynes et virilistes, revendiquant avoir « les c ******* » pour gouverner, jusqu’à vanter la taille de son sexe pour séduire l’électorat féminin, sur l’émission de radio Piso 8.
Le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, candidat à la présidence de la Colombie, s’exprime sur l’antenne espagnole de France 24.
Avocat de renom, Abelardo de la Espriella a défendu plusieurs figures liées au narcotrafic, ainsi qu’Alex Saab, considéré par les États-Unis comme l’homme de paille affairiste de Nicolas Maduro. Le candidat a aussi des liens avec les paramilitaires, revendiquant son admiration et son amitié pour Salvatore Mancuso, ex-dirigeant des milices paramilitaires des AUC (Autodéfenses unies de Colombie) condamné par la justice colombienne en janvier.
Paloma Valencia, la dauphine d’Alvaro Uribe
La sénatrice de droite Paloma Valencia, candidate à la présidentielle colombienne, s’exprime lors d’un meeting électoral à Bogota, le 17 mai 2026.
Troisième dans les sondages, la sénatrice conservatrice Paloma Valencia est la seule femme à avoir de réelles chances d’accéder au second tour. Philosophe et avocate de formation, elle est la petite-fille de l’ancien président conservateur Guillermo Leon Valencia, qui dirigea la Colombie entre 1962 et 1966 au début des conflits avec les guérillas marxistes.
Faisant campagne aux côtés de son influent mentor Alvaro Uribe, Paloma Valencia est devenue l’un des principaux visages du parti d’opposition Centre démocratique. Après l’assassinat du favori de la droite Miguel Uribe en 2025, elle a repris le flambeau d’un mouvement qui domine une grande partie de la droite colombienne depuis deux décennies et qui a remporté quatre des six dernières présidentielles.
Critique acharnée du président sortant Gustavo Petro, qu’elle accuse d’avoir « laissé la violence prospérer », la candidate défend une ligne de fermeté absolue face aux groupes armés. Opposée à l’accord de paix signé en 2016 avec les Farc, qu’elle avait déjà combattu aux côtés d’Alvaro Uribe, elle promet aujourd’hui d’en finir avec la stratégie de « paix totale » du gouvernement Petro, pour « imposer la sécurité totale », selon ses mots.
Fin avril, la sénatrice a affirmé avoir été la cible d’un projet d’assassinat attribué à une guérilla impliquée dans plusieurs attaques meurtrières contre des civils quelques jours auparavant.
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En matière économique, Paloma Valencia assume des positions néolibérales, défendant notamment l’exploitation des hydrocarbures par fracturation hydraulique. Sur les questions sociétales, elle reste opposée à la légalisation de l’avortement – alors que la Colombie dispose depuis 2022 d’une des législations les plus progressistes d’Amérique latine avec une IVG dépénalisée et autorisée jusqu’à 24 semaines – et critique envers plusieurs avancées des droits LGBT+. Des positions qui lui valent l’hostilité d’une partie des mouvements féministes.
Mariée à un professeur d’économie issu d’une influente famille de la bourgeoisie colombienne et mère d’une fille, Paloma Valencia cherche à moderniser l’image de la droite uribiste. En choisissant comme colistier Juan Daniel Oviedo, premier candidat ouvertement homosexuel à figurer sur un ticket présidentiel en Colombie, elle tente d’élargir sa base électorale et de rompre partiellement avec l’image d’un conservatisme figé.




